Publié le 28 août 2026 à 09:00 · Publication originale
Sous sa peau apparaît un latex blanc chargé de papaïne, une enzyme capable de découper les protéines. Dans nos cuisines, cette propriété permet d'attendrir la viande. Dans un hôpital nigérian, des chirurgiens l'utilisent pour quelque chose de beaucoup moins intuitif: débarrasser des plaies humaines de leur chair morte.
À Abakaliki, Ugochukwu Nnadozie, Charles Maduba, Victor Modekwe et leurs collègues de l'Alex Ekwueme Federal University Teaching Hospital ont recruté 64 patients présentant des plaies difficiles à traiter: ulcères diabétiques, escarres, traumatismes, infections.
Surface moyenne: environ 124 cm².
Les médecins râpent de la papaye verte fraîche. Trente-deux patients reçoivent cette préparation en pansement. Trente-deux autres sont traités au miel.
L'enjeu est très concret. Avant qu'une plaie puisse correctement cicatriser ou recevoir une greffe, il faut retirer les tissus nécrosés. Un chirurgien peut les découper au scalpel. La papaïne offre une autre possibilité: ses enzymes protéolytiques participent à la dégradation des protéines présentes dans ces tissus morts.
Les médecins attendent et comptent.
Avec la papaye, le débridement est obtenu en moyenne en 5,53 jours.
Avec le miel: 30,09 jours.
Autre mesure: les prélèvements bactériologiques deviennent négatifs après 6,81 jours avec la papaye, contre 15,33 jours avec le miel. Les chercheurs observent également l'apparition du tissu rouge et vascularisé nécessaire à la reconstruction de la plaie.
Un détail de l'étude raconte autre chose que de la pharmacologie.
Certains patients n'avaient pas les moyens de payer un débridement chirurgical. La papaye pouvait parfois provenir de leur propre ferme. Ce qui ressemble, vu d'Europe, à une médecine rudimentaire devient alors une technologie biologique locale: abondante, peu coûteuse et utilisable sous contrôle médical.
L'idée n'est d'ailleurs pas née à Abakaliki. À Banjul, en Gambie, des médecins avaient déjà décrit l'emploi quotidien de pulpe de papaye sur des brûlures profondes infectées chez des enfants, afin de nettoyer les plaies avant leur greffe.
L'étude nigériane reste monocentrique. Elle ne signifie évidemment pas qu'une papaye constitue un pansement domestique.
Elle montre quelque chose de plus dérangeant pour nos habitudes médicales: la sophistication d'un traitement ne se mesure pas à la sophistication de son apparence.
La prochaine fois que vous couperez une papaye verte, regardez le liquide blanc apparaître sous sa peau.
Vous saurez désormais qu'ailleurs, cette même chimie entre dans une salle de soins.
AIDA nous rappelle que certaines pharmacies poussent encore sur les arbres.
Sources
Annals of African Medicine
Burns
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