Publié le 30 août 2026 à 16:00 · Publication originale
Plus de 160.000 hommes de 55 à 69 ans sont répartis entre deux groupes. Les premiers sont régulièrement invités à mesurer leur PSA, une protéine produite par la prostate dont l'élévation peut signaler un cancer. Les autres ne participent pas à ce dépistage organisé.
Puis les chercheurs attendent.
Vingt-trois ans.
En 2025, Monique Roobol, Jonas Hugosson et leurs collègues publient dans le New England Journal of Medicine ce que cette immense expérience européenne permet enfin de voir.
Le dépistage fonctionne.
La mortalité par cancer de la prostate est inférieure de 13% chez les hommes invités au dépistage. Il faut en inviter 456 pour éviter un décès par cancer de la prostate.
Mais une deuxième courbe monte en même temps.
Dans le groupe dépisté, 30% de cancers supplémentaires sont diagnostiqués.
C'est l'une des informations les plus importantes à comprendre avant de demander un examen médical lorsqu'on se sent parfaitement bien.
Trouver davantage de maladies et sauver davantage de vies ne sont pas exactement la même chose.
Certaines tumeurs prostatiques évoluent si lentement qu'elles n'auraient jamais provoqué de symptômes pendant la vie de l'homme qui les porte. Un test peut pourtant les révéler. Commencent alors examens, surveillance, parfois biopsie et traitement d'une maladie qui serait peut-être restée silencieuse.
La médecine européenne tente donc désormais quelque chose de plus subtil que "chercher plus".
Les recommandations 2026 de l'European Association of Urology privilégient une détection adaptée au risque individuel. Lorsqu'un PSA est anormal, l'IRM multiparamétrique peut notamment aider à sélectionner les hommes chez lesquels une biopsie est réellement justifiée.
Les données disponibles indiquent qu'une stratégie utilisant l'IRM peut réduire fortement les biopsies et le diagnostic de tumeurs peu significatives sans perdre substantiellement les cancers importants.
Voilà pourquoi connaître ce résultat change quelque chose longtemps après avoir refermé cet article.
Lorsqu'un prochain bilan proposera "un petit test supplémentaire", la bonne question ne sera plus seulement: "Que peut-il découvrir?"
Elle sera aussi: "Qu'est-ce que cette découverte changera pour moi?"
Nous avons passé des décennies à apprendre qu'une médecine attentive cherchait les maladies le plus tôt possible.
Elle apprend maintenant une compétence beaucoup plus difficile: savoir lesquelles il est utile de trouver.
FIGARO
Voir davantage n'est un progrès que lorsque nous savons quoi faire de ce que nous voyons.
Sources
New England Journal of Medicine, 2025
European Association of Urology, Guidelines 2026.
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