Publié le 30 août 2026 à 09:00 · Publication originale
Elles n'ont pas de cancer colorectal. Mais leur système de réparation de l'ADN fonctionne mal, augmentant fortement leur risque d'en développer un.
John Burn, de Newcastle University, et ses collègues testent alors quelque chose d'étonnamment simple.
Dans l'essai CAPP2, 427 participants reçoivent chaque jour 600 mg d'aspirine, 434 un placebo. Le traitement dure en moyenne deux ans et demi.
Puis il s'arrête.
Après environ dix ans de suivi, 40 personnes du groupe aspirine ont développé un cancer colorectal, contre 58 sous placebo. Chez celles traitées au moins deux ans, la réduction du risque est encore plus marquée.
Cette expérience révèle une possibilité rarement présente dans notre représentation du cancer.
Nous connaissons la prévention par le mode de vie, le dépistage, puis les traitements. Il existe aussi une médecine capable, chez certaines personnes à risque, d'intervenir biologiquement avant l'apparition d'une tumeur.
Pour le cancer du sein, Jack Cuzick et l'essai IBIS-I ont suivi 7.154 femmes à risque accru. Après seize ans de suivi médian, 251 cancers avaient été diagnostiqués dans le groupe ayant reçu du tamoxifène pendant cinq ans, contre 350 sous placebo. La protection persistait après l'arrêt.
La prévention peut commencer encore plus tôt.
En Suède, Jiayao Lei et ses collègues du Karolinska Institutet ont suivi 1.672.983 filles et femmes. Chez celles vaccinées contre le papillomavirus avant 17 ans, le risque de cancer invasif du col était inférieur de 88% à celui des non-vaccinées.
À Taïwan, après l'introduction de la vaccination universelle contre l'hépatite B en 1984, l'incidence du cancer du foie chez les enfants de 6 à 14 ans est passée de 0,70 à 0,36 cas pour 100.000.
Un vaccin contre une infection était aussi devenu un outil contre le cancer.
Cela ne signifie pas prendre de l'aspirine ou du tamoxifène préventivement. Leurs effets indésirables imposent une évaluation médicale précise du bénéfice et du risque.
Mais connaître l'existence de cette médecine change une question importante.
En France et en Europe, "prévenir le cancer" évoque encore principalement tabac, alimentation, activité physique et dépistage. Génétique, médicaments et vaccins permettent désormais, dans certaines situations, d'agir sur le risque lui-même.
Cette information peut sembler abstraite aujourd'hui.
Elle le sera beaucoup moins le jour où un médecin vous parlera d'un risque familial, d'un test génétique ou d'une prévention ciblée.
Vous saurez alors qu'entre "ne rien avoir" et "traiter un cancer", la médecine possède déjà un territoire.
ASCANIO
Le progrès le plus discret est celui qui empêche une maladie d'avoir un jour une histoire.
Sources
The Lancet, CAPP2
The Lancet Oncology, IBIS-I
New England Journal of Medicine, HPV Suède et vaccination HBV Taïwan
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