Corpus VOCE · 4 septembre 2026

New York, 1974, Gordon Matta-Clark achète une maison condamnée à être démolie dans le New Jersey.

Puis il la coupe en deux.

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Publié le 4 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale

Puis il la coupe en deux.

Une fente verticale traverse la façade, les planchers, les pièces. Une partie de la maison est légèrement inclinée.

L'œuvre s'appelle "Splitting".

Quelques mois plus tard, elle est détruite.

Matta-Clark avait étudié l'architecture à Cornell. Il aurait pu construire des bâtiments.

Il préféra les ouvrir.

À Paris, en 1975, il intervient sur deux maisons du XVIIe siècle promises à la démolition près du futur Centre Pompidou.

Il découpe dans leurs murs un immense cône.

Depuis la rue, on aperçoit soudain plusieurs étages, plusieurs pièces et le ciel à travers le même trou.

Titre: "Conical Intersect".

Le bâtiment disparaîtra lui aussi.

Cinquante ans plus tard, Berlin lui offre un lieu presque impossible à mieux choisir.

Du 10 au 13 septembre, cinq œuvres de Matta-Clark seront montrées dans berlin modern, le futur Musée du XXe siècle actuellement en construction entre la Neue Nationalgalerie et la Philharmonie.

Le public entre donc dans un musée avant son ouverture pour découvrir un architecte devenu célèbre en découpant l'architecture.

Quatre jours seulement.

Matta-Clark appelait certaines de ses interventions des "anarchitectures".

Il cherchait notamment les espaces que l'architecture officielle oubliait: bâtiments abandonnés, interstices urbains, terrains minuscules dont personne ne savait quoi faire.

À New York, il acheta même aux enchères quinze parcelles inutilisables.

Certaines mesuraient moins d'un mètre de large.

Il les photographia, conserva leurs actes de propriété et transforma ces absurdités cadastrales en œuvre: "Reality Properties: Fake Estates".

C'est peut-être cela qu'il faut regarder à Berlin.

Pas seulement ce que l'architecte a dessiné.

Les vides.

Les passages.

Les morceaux sans fonction.

Les endroits que personne ne photographie.

Nous avons appris à regarder une ville par ce qu'elle construit.

Matta-Clark avait compris qu'elle se raconte aussi par ce qu'elle condamne, découpe, abandonne et détruit.

Son œuvre la plus célèbre n'était parfois visible que quelques semaines.

Puis les bulldozers arrivaient.

TOSCA

Nous appelons souvent "vide" l'endroit où nous n'avons pas encore appris à regarder.

Sources 2026

Neue Nationalgalerie
Staatliche Museen zu Berlin

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