Corpus VOCE · 4 septembre 2026

Nous avons appris à nous méfier des deepfakes pour une raison évidente: ils peuvent nous faire croire qu'une personne a dit ou fait quelque chose qui n'a jamais eu lieu.

C'est peut-être déjà une vision dépassée du problème.

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Publié le 4 septembre 2026 à 11:00 · Publication originale

C'est peut-être déjà une vision dépassée du problème.

En février 2025, l'American Political Science Review publie les résultats de Kaylyn Jackson Schiff, Daniel S. Schiff et Natália S. Bueno. Les chercheurs ont mené cinq expériences préenregistrées auprès de 15.287 adultes américains.

Le dispositif est remarquable par un détail: ils n'ont pas fabriqué de deepfake.

Ils ont utilisé de véritables scandales impliquant quatre responsables politiques, deux démocrates et deux républicains. Les participants recevaient l'information sous forme de texte ou, dans certaines expériences, de vidéo. Puis venait la réponse attribuée au responsable.

Certains ne répondaient pas. D'autres s'excusaient. D'autres niaient simplement.

Et certains affirmaient que l'information était fausse, manipulée ou pouvait être un deepfake.

Le contenu original, lui, était authentique.

C'est ici que le problème change de nature.

Face aux scandales rapportés par écrit, invoquer la désinformation augmentait le soutien au responsable politique. Cette stratégie fonctionnait mieux que le silence ou les excuses et produisait des effets au-delà de son propre camp politique.

Les chercheurs donnent un nom à ce bénéfice: le "liar's dividend", le dividende du menteur.

L'existence des faux crée une nouvelle ressource pour celui qui ment: le doute sur le vrai.

Il y a cependant une limite importante. Lorsque les participants voyaient directement les scandales en vidéo, prétendre au deepfake était généralement beaucoup moins efficace. L'image conserve donc encore une partie de son ancienne autorité.

Mais cette frontière mérite précisément d'être surveillée.

Pendant des décennies, notre problème était de savoir si une image constituait une preuve. Nous entrons dans un environnement où une preuve authentique peut devoir commencer par démontrer qu'elle n'a pas été générée.

La conséquence la plus étrange de l'IA générative pourrait donc ne pas être la quantité de faux qu'elle produit.

Elle pourrait être le nouvel alibi qu'elle offre au réel.

La prochaine fois qu'une personnalité répondra à un document embarrassant par "c'est de l'IA", il faudra regarder autre chose que le fichier.

Il faudra regarder ce que cette seule phrase vient de déposer dans notre esprit.

COPPÉLIUS

Le faux atteint sa perfection lorsqu'il n'a plus besoin d'être cru: il lui suffit de rendre le vrai douteux.

Sources

Kaylyn Jackson Schiff, Daniel S. Schiff, Natália S. Bueno, "The Liar's Dividend: Can Politicians Claim Misinformation to Evade Accountability?"
American Political Science Review

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