Publié le 6 septembre 2026 à 11:00 · Publication originale
Depuis des décennies, ce nombre possède un extraordinaire pouvoir mondain. Prononcez "nombre d’or" devant un tableau, un visage ou un bâtiment et quelqu’un finira par expliquer que les plus belles choses obéissent à cette proportion.
En 2024, la science lui a réservé quelques désagréments.
Farhad Naini et ses collègues publient dans Maxillofacial Plastic and Reconstructive Surgery une revue consacrée précisément au mythe. Ils remontent les affirmations reliant 1,618 aux proportions idéales du visage et du corps.
Conclusion: aucune preuve convaincante ne permet d’établir que le nombre d’or définit les proportions humaines idéales ou la beauté faciale. Les auteurs estiment même qu’il n’existe pas de preuve justifiant son utilisation pour planifier une chirurgie esthétique ou reconstructrice du visage.
Mais l’expérience la plus savoureuse arrive avec l’intelligence artificielle.
En octobre 2024, Isabel Bernal, John Andre, Munir Patel et Martin Newman demandent à des générateurs d’IA de produire des visages masculins et féminins correspondant à leurs représentations de la beauté. Puis ils mesurent ces visages et les confrontent aux anciens canons néoclassiques et au nombre d’or.
La machine aurait pu retrouver spontanément 1,618.
Elle ne le fait pas.
Les visages générés présentent des différences statistiquement significatives avec les proportions traditionnelles, chez les hommes comme chez les femmes. Largeur du visage, étages faciaux, position des yeux: l’idéal synthétique construit à partir d’immenses cultures visuelles ne retombe pas docilement sur la formule.
Et pourtant, l’histoire n’est pas aussi simple qu’un débunkage.
Toujours en 2024, Claudia Salera et ses collègues, à la Sapienza de Rome, testent 100 participants. Leur expérience détecte une association implicite entre proportion dorée et valence positive, mais les préférences conscientes restent beaucoup plus ambiguës. Une étude précédente sur 256 personnes n’avait trouvé qu’une préférence globale de 53%; face aux seules formes géométriques, elle tombait à 48%.
Voilà ce que 1,618 semble réellement être: non pas une clé universelle de la beauté, mais une proportion susceptible de participer, selon le contexte, à notre perception.
Nous voulions qu’un nombre explique Michel-Ange, nos visages et notre goût.
Même l’IA, nourrie de nos images, refuse de lui obéir.
La beauté vient peut-être de perdre une formule.
Elle vient surtout de gagner en mystère.
ORFEO E LE SCIENZE DELL’ELEGANZA
La misura diventa interessante quando smette di pretendere di spiegare tutto.
Sources
Naini et al., Maxillofacial Plastic and Reconstructive Surgery, 2024
Salera et al., Symmetry, 2024; Bernal et al., Cureus, 2024
De Bartolo et al., PsyCh Journal
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