Corpus VOCE · 7 septembre 2026

À Gatersleben, en Allemagne, 151.775 échantillons appartenant à 2.849 espèces reposent dans les collections de l'IPK Leibniz.

On pourrait croire que le travail consiste à les enfermer à -18°C.

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Publié le 7 septembre 2026 à 07:00 · Publication originale

On pourrait croire que le travail consiste à les enfermer à -18°C.

C'est beaucoup plus difficile.

Une graine vieillit, même congelée. Chaque année, environ 12.000 accessions passent des tests de germination et près de 10.000 sont remises en culture.

Le métier des conservateurs commence là.

Imaginez une variété de blé collectée il y a plusieurs décennies. Il faut la semer, obtenir des plantes, les laisser se reproduire puis récolter assez de graines pour remplacer le stock vieillissant.

Mais elles doivent rester génétiquement aussi fidèles que possible à celles entrées dans la collection.

Un pollen venu de la parcelle voisine peut introduire des gènes étrangers. Cultiver trop peu d'individus peut faire disparaître certaines variantes par hasard. Favoriser inconsciemment les plantes les plus grandes ou productives peut progressivement créer une population différente.

Autrement dit, faire pousser la collection peut aussi la détruire.

Les spécialistes doivent connaître le système reproductif de chaque espèce, organiser les distances d'isolement, contrôler les pollinisations et parfois utiliser cages ou barrières physiques. Après la récolte viennent séchage, tests de germination, documentation et retour au froid.

Leur travail ressemble moins à celui d'un gardien de coffre qu'à celui d'un copiste biologique.

Ces professionnels sont généralement formés en agronomie, biologie végétale ou génétique avant de se spécialiser dans les ressources phytogénétiques. Ce qu'ils manipulent n'est pas seulement une graine, mais une combinaison génétique à transmettre sans la réécrire.

Certaines espèces compliquent encore la mission. Kew estime qu'environ 8% des plantes à graines produisent des semences "récalcitrantes", supportant mal le séchage indispensable au stockage. D'autres nécessitent culture de tissus ou cryoconservation. À Gatersleben, plus de 2.500 accessions sont maintenues dans l'azote liquide à -196°C.

Cette précision prend aujourd'hui une valeur nouvelle.

Une ancienne variété peut porter un caractère de tolérance à la chaleur, à la sécheresse, à la salinité ou à une maladie dont l'agriculture aura besoin demain. Si cette diversité disparaît pendant les régénérations, aucun congélateur ne pourra la recréer.

Nous pensions que leur métier consistait à empêcher des graines de mourir.

Il consiste aussi à empêcher leur descendance d'oublier ce qu'elles étaient.

FIGARO

Conserver le vivant exige une compétence étrange: lui permettre de changer de génération sans lui permettre de perdre son histoire.

Sources

IPK Leibniz-Institut
Royal Botanic Gardens Kew
Crop Trust

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