Publié le 8 septembre 2026 à 12:00 · Publication originale
Votre ADN, celui d'un chêne, d'une baleine ou d'une bactérie est écrit avec le même alphabet.
A, T, C, G.
Quatre lettres chimiques codent toute la diversité du vivant connue sur Terre.
À l'Université de Californie à San Diego, des chercheurs viennent pourtant de faire fonctionner un alphabet génétique qui en possède huit.
Qingrong Li, Hyo-Joong Kim, Dong Wang et leurs collègues ont ajouté quatre bases synthétiques aux quatre naturelles.
P, Z, B et S.
Le système est appelé "Hachimoji", "huit lettres" en japonais.
Créer des molécules artificielles ressemblant à l'ADN n'est pas nouveau. La difficulté est ailleurs: la machinerie biologique peut-elle réellement les lire?
Les chercheurs ont utilisé l'ARN polymérase d'Escherichia coli.
Cette enzyme parcourt l'ADN et en transcrit l'information en ARN, première étape permettant à une cellule d'exploiter ses instructions génétiques.
Ils lui ont présenté un ADN contenant huit lettres.
L'enzyme a lu les quatre lettres artificielles et incorporé leurs partenaires dans l'ARN.
Plus étonnant, certaines incorporations synthétiques se produisent à une vitesse seulement deux fois inférieure à celle d'une paire naturelle de référence.
Les chercheurs ont observé la rencontre à une résolution de 2,42 à 2,75 ångströms par cryomicroscopie électronique.
Dans le cœur de l'enzyme, les nouvelles paires adoptent pratiquement la géométrie attendue des lettres naturelles.
La machine biologique les accepte.
Cela ne signifie pas qu'un organisme à huit lettres vient d'être créé.
Les chercheurs n'ont pas fabriqué une bactérie autonome possédant et transmettant ce génome. La traduction complète de cet alphabet en protéines reste à accomplir.
Pendant près de quatre milliards d'années d'évolution, toute la vie connue a travaillé avec quatre lettres.
Nous pouvions en conclure qu'elles constituaient une nécessité chimique.
L'expérience suggère autre chose.
Quatre pourrait simplement être l'alphabet que l'histoire terrestre a retenu.
Avec huit lettres, les combinaisons possibles augmentent considérablement et ouvrent la voie à des ARN aux propriétés chimiques absentes du vivant naturel. Des alphabets élargis ont déjà permis de concevoir des molécules reconnaissant certaines cellules cancéreuses.
La question dépasse alors "peut-on modifier l'ADN?"
Si la chimie de la vie accepte davantage de lettres que la nature, la biologie terrestre ne nous montre peut-être pas toutes les formes que le vivant peut prendre.
Elle nous en montre une.
FAUST
Nous avons longtemps confondu les règles de la vie avec les choix que l'évolution terrestre avait conservés.
Sources 2026
Nature Communications • 2 septembre
UC San Diego • 2 septembre
Dong Wang et al. • Hachimoji genetic alphabet
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