Publié le 8 septembre 2026 à 07:00 · Publication originale
En laboratoire, son champignon fabrique pourtant une molécule qui intéresse désormais l'agriculture, la dépollution et les biotechnologies: le ferrichrome.
C'est un sidérophore, littéralement un "porteur de fer".
Le problème qu'il résout est considérable. Le fer abonde dans la croûte terrestre mais, dans de nombreux sols oxygénés, il se trouve sous des formes très peu solubles. Pour une plante ou un micro-organisme, vivre entouré de fer ne signifie donc pas pouvoir l'utiliser.
Les sidérophores contournent cette difficulté. Certaines bactéries et certains champignons les libèrent pour capturer le fer ferrique avec une affinité extraordinaire, puis récupérer le complexe obtenu.
En 2026, des chercheurs étudiant Xanthoria ont montré que son champignon produit du ferrichrome dont profite aussi son partenaire photosynthétique. Une coopération moléculaire cachée sur quelques centimètres de mur.
Mais cette chimie intéresse déjà bien au-delà des lichens.
En agriculture, des micro-organismes producteurs de sidérophores sont étudiés comme biofertilisants. Ils peuvent améliorer l'accès des plantes au fer et, surtout, priver certains agents pathogènes de cette ressource indispensable. L'objectif est séduisant: favoriser les cultures en mobilisant la chimie du sol plutôt qu'en ajoutant toujours davantage d'intrants.
En dépollution, le principe change d'échelle. Les sidérophores peuvent complexer différents métaux et sont étudiés pour mobiliser ou récupérer certains contaminants présents dans les sols, les eaux et les déchets industriels. Leur sélectivité moléculaire ouvre aussi des pistes pour extraire des métaux utiles dans des matrices où les procédés chimiques classiques sont énergivores.
Les biotechnologies poussent encore plus loin cette idée.
On peut produire des sidérophores par fermentation, modifier les micro-organismes qui les synthétisent ou exploiter leurs systèmes de reconnaissance pour construire des capteurs, des procédés de séparation et de nouvelles stratégies de récupération des métaux.
Une molécule inventée par le vivant pour résoudre une pénurie microscopique devient ainsi un modèle potentiel pour trois problèmes très humains: nourrir les plantes, nettoyer les sols et récupérer des ressources.
L'image mérite de rester.
Nous creusons des mines, fabriquons des engrais et construisons des usines pour déplacer les métaux.
Sur un mur, Xanthoria utilise une autre stratégie.
Il envoie une molécule les chercher.
DAFNE
Le vivant ne possède pas toujours davantage de ressources. Il possède parfois une meilleure manière de les atteindre.
Sources
Nature Communications, 2026
University of Innsbruck
Frontiers in Plant Science
Journal of Hazardous Materials
Biotechnology Advances
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