Publié le 9 septembre 2026 à 07:00 · Publication originale
"Tu as vraiment travaillé."
Depuis des années, les parents sont encouragés à préférer la seconde phrase. Féliciter l'effort favoriserait la persévérance, tandis que féliciter l'intelligence enfermerait l'enfant dans une identité fragile.
Une expérience récente obtient pourtant un résultat moins confortable.
Grace Bennett-Pierre, Elizabeth Gunderson et leurs collègues recrutent 150 enfants américains âgés en moyenne de 7,97 ans. Après des tangrams réussis en ligne, chacun reçoit l'un de cinq messages: compliment sur l'effort, sur la personne, remarque suggérant que l'exercice était facile, ou message contrôle.
Puis vient volontairement un tangram qu'ils ne parviennent pas à terminer.
Contrairement à l'hypothèse annoncée, les enfants félicités pour l'effort ne persistent pas significativement davantage que ceux félicités pour leurs capacités. Leur auto-évaluation après l'échec ne diffère pas non plus. Seule une analyse exploratoire trouve davantage de persistance face au groupe contrôle, avec un effet de 0,61.
En 2025, une autre étude observe la vie familiale sur une durée autrement plus longue.
Rachel Francis, AnnaMaria Boullion et Tuppett Yates suivent 250 dyades parent-enfant. À 4 ans, des observateurs codent les compliments des parents pendant des tâches difficiles. À 8 ans, ils mesurent la persistance.
Les compliments portant sur le processus prédisent davantage de persistance quatre ans plus tard, même après prise en compte du QI, de la pauvreté et de la persistance initiale. Ceux portant sur la personne prédisent l'inverse. Plus surprenant, les compliments vagues comme "Génial!" sont aussi associés positivement à la persistance.
En 2026, Cheng-Hong Liu et Xian-Rui Yin répartissent 146 collégiens taïwanais entre quatre conditions. Lorsque le feedback pousse à se comparer et engage l'ego, féliciter la personne augmente le nombre de questions tentées et la performance. Lorsque l'attention revient sur la tâche, le même compliment produit l'inverse: moins de tentatives, moins de performance.
Le compliment n'est donc pas une formule magique dont il suffirait de choisir les bons mots.
Son effet dépend du moment, de la tâche, de l'âge et surtout de l'endroit où il dirige l'attention: vers l'identité, l'effort, la comparaison ou le problème.
La prochaine fois que viendra "Bravo, tu es intelligent", une autre question pourra surgir:
"Qu'est-ce que mon compliment lui apprend à regarder?"
DON ALFONSO
Encourager n'est pas seulement dire du bien. C'est désigner silencieusement ce qui mérite l'attention.
Sources
Bennett-Pierre et al., Journal of Experimental Child Psychology, 2024
Francis, Boullion & Yates, UC Riverside Undergraduate Research Journal, 2025
Liu & Yin, Instructional Science, 2026
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