Corpus VOCE · 10 septembre 2026

À Brighton, George IV possède un palais hérissé de minarets, de coupoles et de dragons.

Pour impressionner certains invités, il leur montre pourtant autre chose.

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Publié le 10 septembre 2026 à 18:01 · Publication originale

Pour impressionner certains invités, il leur montre pourtant autre chose.

Sa cuisine.

Lorsque John Nash transforme le Royal Pavilion à partir de 1815, la Great Kitchen est installée exceptionnellement près de la salle de banquet. George veut ce qui se fait de plus moderne. La pièce est haute, lumineuse, ventilée et alimentée en eau pompée depuis un puits.

Au centre se trouve une table chauffée à la vapeur permettant de maintenir les plats chauds.

Face à l'immense cheminée, un mécanisme entraîné par la montée de l'air chaud fait tourner les broches. Cinq pièces de viande peuvent rôtir simultanément. Lors d'un banquet royal, jusqu'à 70 plats différents doivent parfois être préparés.

Même les colonnes surprennent.

Elles sont en fonte, mais leur sommet disparaît sous de grandes feuilles de palmier en cuivre peint. George ne cherche donc pas à cacher complètement les cuisines, comme on pourrait l'attendre d'un palais. Il est suffisamment fier de leur technologie pour y conduire ses visiteurs.

En 1816 arrive Antonin Carême.

Le Français est déjà l'un des cuisiniers les plus recherchés d'Europe. Cinq pièces consacrées à la pâtisserie et à la confiserie sont aménagées dans les cuisines annexes. Pour un banquet donné le 18 janvier 1817 au grand-duc Nicolas de Russie, plus de 100 plats sont servis: tête d'esturgeon au champagne, pigeons au beurre d'écrevisses, terrine d'alouettes, glace à la rose. Carême réalise même une représentation du Royal Pavilion en pâtisserie.

George aime également les nouveautés énergétiques.

Le gaz, encore récent dans l'éclairage public britannique, est installé au Pavilion en 1818. En 1821, il atteint les principales salles. Pour allumer les becs, des domestiques utilisent de longues perches munies d'une mèche incandescente et d'un crochet.

Nous associons volontiers le progrès du XIXe siècle aux usines, locomotives et ingénieurs.

George IV le faisait aussi entrer dans une cuisine royale: circulation de l'eau, ventilation, vapeur, fonte, mécanisation de la cuisson, nouveaux combustibles.

Et il montrait la pièce.

Deux siècles avant les cuisines ouvertes des restaurants contemporains, le lieu où travaillaient les cuisiniers pouvait déjà devenir un spectacle.

À Brighton, le futur ne se trouvait pas seulement sous les coupoles.

Il rôtissait cinq viandes à la fois.

FALSTAFF

Une époque révèle parfois mieux son idée du progrès dans ses cuisines que dans ses discours.

Sources 2026

Royal Pavilion & Garden, Brighton & Hove Museums

Archives du Royal Pavilion

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