Publié le 10 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale
Elle n'est pas suspendue au plafond.
Elle prend la forme de jarres rondes disposées là où se trouvait autrefois l'eau.
Ce sont des variations autour de la "moon jar", récipient coréen apparu il y a plusieurs siècles. Céramique, verre, papier, métal: des artisans du monde entier ont repris cette forme presque élémentaire.
C'est l'une des quinze installations de Homo Faber 2026.
Jusqu'au 30 septembre, la Fondazione Giorgio Cini rassemble plus de 700 objets réalisés par plus de 500 artisans de 70 pays.
Le chiffre impressionne moins que ce que l'on voit faire.
Car ici, les mains travaillent devant le public.
On grave. On plie. On taille. On assemble. On polit.
Un atelier permet même d'apprendre le "hanko", le sceau japonais traditionnel gravé à la main. Un autre montre le kintsugi, cet art japonais de réparer un objet brisé sans dissimuler entièrement sa fracture.
La direction artistique a été confiée à Es Devlin, scénographe britannique passée par l'opéra, les stades et les cérémonies olympiques.
Dans un escalier du réfectoire palladien, elle a imaginé avec l'artiste chinoise Wen Qiuwen une volée d'oiseaux de papier inspirés de ceux de la lagune: hérons, aigrettes, sternes, faucons crécerelles. Éclairés de l'intérieur, ils deviennent des lanternes.
Ailleurs, plus de 200 objets sont installés sur une structure en mouvement. Leur ombre est projetée sur les murs comme un alphabet dont personne ne possède le dictionnaire.
Homo Faber arrive surtout à un moment étrange.
Nous vivons entourés de machines capables de produire davantage, plus vite, avec une régularité inaccessible à la main.
Or aucun artisan présent ici ne peut sérieusement gagner cette compétition.
Ce n'est pas son métier.
Regardez longtemps un objet fabriqué à la main.
Une légère asymétrie, la trace d'un outil, une soudure, une variation d'émail ou quelques dixièmes de millimètre racontent quelque chose qu'une fiche technique appelle volontiers un défaut.
Ici, ils peuvent devenir la preuve qu'une personne est passée par là.
Voilà pourquoi cette exposition mérite le voyage.
Elle ne défend pas nostalgiquement la main contre la machine.
Elle pose une question beaucoup plus contemporaine.
Lorsque presque tout pourra être produit plus rapidement, plus régulièrement et peut-être moins cher, que déciderons-nous malgré tout de continuer à fabriquer lentement?
TOSCA
Une civilisation se reconnaît peut-être aussi aux gestes qu'elle refuse d'optimiser.
Sources 2026
Homo Faber
Michelangelo Foundation
Fondazione Giorgio Cini
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