Publié le 11 septembre 2026 à 08:00 · Publication originale
En 2024, 38% des salariés sont exposés à au moins trois contraintes de rythme.
En 2016, ils étaient 43%.
Pour la première fois depuis que la DARES mesure cette intensité, elle recule.
Et pourtant, 37% des salariés français déclaraient encore ne pas se sentir capables de tenir dans leur travail jusqu'à la retraite.
Il faut donc regarder ailleurs.
La France parle énormément de quantité de travail: 35 heures, horaires, congés, retraite, télétravail. La recherche sur la santé au travail mesure aussi quelque chose de beaucoup moins visible: l'impossibilité de faire correctement son travail.
Une infirmière sait ce qu'il faudrait faire pour un patient mais n'en a pas le temps. Un ingénieur identifie un défaut mais ne peut interrompre la procédure. Un cadre reçoit simultanément l'ordre de réduire les coûts et d'améliorer la qualité.
Ce n'est plus seulement de la surcharge.
C'est du "travail empêché".
La DARES l'identifie notamment à travers les conflits de valeurs et les situations dans lesquelles les salariés estiment ne pas disposer des moyens nécessaires pour effectuer correctement leur travail.
Le mécanisme est redoutable.
Une charge élevée peut avoir une fin: le cerveau mobilise des ressources, accomplit l'action puis récupère.
Le travail empêché produit autre chose: l'action correcte est connue, mais impossible. L'erreur prévisible reste visible. Le cerveau doit maintenir simultanément l'objectif professionnel et l'impossibilité pratique de l'atteindre correctement.
C'est une forme d'impuissance organisée.
Et voilà peut-être l'erreur française.
Nous proposons volontiers au salarié stressé de respirer, méditer, dormir davantage ou apprendre à "déconnecter".
Ces outils peuvent aider l'individu.
Mais aucune respiration abdominale ne donne à une infirmière les dix minutes qu'elle n'a pas. Aucune application de méditation ne rend à l'ingénieur le pouvoir d'arrêter une décision qu'il sait mauvaise.
La prévention commence donc peut-être beaucoup plus en amont: autonomie réelle, moyens adaptés, coopération et possibilité de produire un travail que l'on juge soi-même correctement accompli.
Le burn-out n'est pas toujours l'histoire d'un humain incapable de supporter son travail.
Il peut être l'histoire d'un humain encore parfaitement capable de comprendre comment travailler correctement, mais auquel l'organisation retire progressivement la possibilité de le faire.
SISIFO
Le supplice n'est peut-être pas de pousser la pierre. C'est de savoir comment la pousser correctement et de recevoir l'ordre de faire autrement.
Sources 2026
DARES, Conditions de travail
DARES, Santé et recours aux soins
DARES, Intensification et autonomie au travail
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