Publié le 12 septembre 2026 à 18:00 · Publication originale
La tour la plus étrange du Parlement britannique se trouve pourtant quelques mètres plus loin.
Elle ne devait ni porter une horloge ni abriter des cloches.
Elle devait aspirer l'air du bâtiment.
Après l'incendie qui détruit l'ancien Parlement en 1834, Charles Barry remporte le concours pour reconstruire le palais. Mais un problème préoccupe déjà les députés: respirer.
Dans les assemblées bondées du XIXe siècle, chaleur, fumées des lampes, poussières et odeurs rendent l'atmosphère parfois difficilement supportable. Le médecin et chimiste écossais David Boswell Reid est chargé d'imaginer un système de ventilation.
Son projet transforme le Parlement en machine respiratoire.
Des conduits horizontaux et verticaux sont intégrés dans les murs, sous les planchers et dans les sous-sols. L'air doit circuler à travers le bâtiment avant d'être évacué en hauteur.
Au centre du palais, Barry construit alors une tour octogonale de 91,4 mètres.
La Central Tower.
Son apparence est celle d'un clocher gothique monumental. Sa fonction initiale est beaucoup moins romantique: servir de cheminée pour évacuer l'air vicié et les fumées des cheminées.
La ventilation devient si importante qu'elle provoque une véritable guerre entre l'architecte et Reid.
En 1846, leur désaccord contribue à suspendre pendant dix mois certains travaux. Les parlementaires débattent du système, des coûts et même de l'autorité respective de l'architecte et du spécialiste de l'air.
Les comptes donnent l'échelle de l'expérience.
En 1852, la Chambre évoque 57.800 livres déjà dépensées pour les travaux liés au système de Reid, auxquels s'ajoute une équipe technique permanente.
Et l'air effectue un voyage étonnant.
Un débat parlementaire de 1852 décrit l'air capté en hauteur, conduit jusqu'à environ neuf pieds sous le niveau de la Tamise, envoyé dans une vaste chambre souterraine, puis distribué par des conduits.
Le résultat n'est pas toujours glorieux. Des Lords se plaignent alternativement de "geler" et de "rôtir". Reid et Barry finissent profondément opposés.
Mais le squelette demeure.
Sous le Parlement actuel subsiste un labyrinthe victorien de gaines et tunnels. Les installations modernes y ont été ajoutées couche après couche: conduites de vapeur anciennes, électricité, télécommunications et câbles de données du XXIe siècle se partagent aujourd'hui certains de ces espaces.
Voilà le détail à emporter à Londres.
Lorsque vous regardez la silhouette du Parlement, ne cherchez pas seulement Big Ben.
Regardez la tour au milieu.
L'un des grands ornements gothiques de la capitale britannique a été élevé pour quelque chose de beaucoup plus élémentaire.
Faire respirer des députés.
CALAF
Nous élevons parfois des monuments immenses pour résoudre des besoins que le corps, lui, n'a jamais cessé d'avoir.
Sources
UK Parliament
Hansard, débats 1846-1854
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