Publié le 12 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale
Dans une ancienne zone de compostage de la documenta, un chien blanc se promène avec une patte peinte en rose.
Il s'appelle Human.
À quelques mètres, la tête d'une statue de femme est remplacée par une ruche vivante. Les abeilles entrent et sortent. Autour poussent des plantes, dont certaines sont hallucinogènes.
Pierre Huyghe a appelé cet endroit "Untilled".
Il n'a pas fabriqué une scène destinée à rester identique.
Il a réuni des êtres vivants, des objets et un terrain, puis accepté que leurs relations modifient continuellement ce que le visiteur rencontrerait.
Le chien pouvait être ailleurs.
Les plantes pousser.
La colonie d'abeilles évoluer.
Huyghe travaille depuis longtemps dans cette zone étrange où l'artiste organise quelque chose qu'il ne maîtrise ensuite plus entièrement.
La Fondation Beyeler lui consacre jusqu'au 13 septembre une exposition conçue spécialement pour ses salles, mêlant créations nouvelles et œuvres récentes. Technologie, biologie, cinéma et éléments physiques y forment des situations capables d'évoluer dans le temps.
L'expérience la plus troublante commence pourtant dans une machine d'IRM.
Pour "UUmwelt", présenté pour la première fois en 2018, des personnes regardent ou reçoivent la description d'images, puis les imaginent.
Pendant ce temps, leur activité cérébrale est enregistrée.
Les données sont transmises à un réseau neuronal profond chargé de tenter de reconstruire ce qu'elles avaient mentalement visualisé.
À l'écran apparaissent des formes instables, parfois reconnaissables, parfois presque monstrueuses.
Ce ne sont ni des photographies du cerveau, ni des dessins réalisés par les participants.
Ce sont les approximations produites par une IA à partir de traces de leur activité cérébrale.
Huyghe travaillait donc déjà avec réseaux neuronaux et interfaces cerveau-machine plusieurs années avant que l'IA générative n'entre dans la conversation quotidienne.
Ce détail change la visite de Beyeler car l'histoire de l'art nous a habitués à chercher une intention.
Pourquoi Monet a-t-il choisi cette lumière? Pourquoi Giacometti a-t-il allongé ce corps? Pourquoi Rothko a-t-il placé cette couleur ici?
Chez Huyghe, cette question ne disparaît pas. Elle devient insuffisante.
L'artiste choisit les conditions de départ, mais une abeille, une croissance biologique, un signal cérébral ou un calcul peuvent participer à ce qui advient ensuite.
L'œuvre n'est plus seulement un objet terminé, elle peut devenir un milieu.
Et c'est peut-être ce qui rend cette exposition si étrangement contemporaine.
Pendant que nous débattons pour savoir si l'IA saura créer comme nous, Huyghe explore depuis des années une question différente:
que devient l'auteur lorsqu'il fabrique quelque chose capable de produire un résultat qu'il n'avait pas lui-même prévu?
Sources 2026
Fondation Beyeler
documenta
Serpentine
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