Publié le 13 septembre 2026 à 06:00 · Publication originale
Et pourtant.
Simone Schnall et ses collègues conduisent des participants au pied d'une pente et leur demandent d'en estimer l'inclinaison.
Certains sont seuls.
D'autres sont venus avec un ami.
La géométrie du terrain est identique, mais les participants accompagnés voient la colline moins raide. Plus la relation avec leur compagnon est ancienne, proche et chaleureuse, plus l'effet apparaît marqué.
Les chercheurs tentent alors quelque chose de presque absurde.
Cette fois, personne n'a besoin d'être présent.
Avant d'évaluer la pente, certains participants pensent à une personne qui les soutient. D'autres imaginent quelqu'un de neutre ou qu'ils apprécient peu.
Penser à la bonne personne suffit à réduire la pente perçue.
Ce n'est pas une jolie histoire sur l'amitié, elle touche à une hypothèse beaucoup plus radicale sur la perception.
Notre cerveau ne construirait pas une représentation purement géométrique du monde avant de décider quoi en faire. Il intégrerait aussi les ressources disponibles pour y agir.
La fatigue, l'âge ou la charge portée ont ainsi été associés à des modifications de l'estimation des pentes et des distances. Une colline n'est pas seulement un angle. Pour l'organisme, elle est également un coût potentiel.
James Coan, à l'Université de Virginie, a poussé cette idée jusqu'à la "Social Baseline Theory".
Son point de départ est étonnant: pour le cerveau humain, disposer d'autres humains fiables ne serait pas un supplément agréable à une autonomie normale. Ce serait l'état de référence.
Un proche prévisible peut être traité comme une ressource disponible pour partager vigilance, risque et effort. Certaines représentations neurales du partenaire se chevauchent même avec celles du soi. La frontière biologique du "moi" devient alors moins évidente qu'elle n'en a l'air.
Voilà pourquoi la sécurité sociale pourrait modifier bien davantage que notre humeur.
Des travaux sur la présence et le contact d'un proche montrent une réduction de l'activité associée à l'anticipation de menace et à la douleur. La théorie contemporaine propose que la proximité sociale permette au cerveau d'économiser une partie du travail de régulation qu'il devrait autrement accomplir seul.
Nous parlons souvent d'une personne rassurante comme d'une métaphore.
La physiologie suggère quelque chose de plus étrange.
Un être humain fiable peut devenir, pour un autre cerveau, une partie des ressources avec lesquelles il mesure ce qu'il lui reste à affronter.
La montagne n'a pas bougé.
Mais l'organisme ne calcule déjà plus la même ascension.
CASTOR
Nous pensions que certaines présences nous accompagnaient dans le monde. Peut-être changent-elles aussi le monde que notre corps croit devoir traverser.
Sources
Journal of Experimental Social Psychology, University of Virginia
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