Corpus VOCE · 14 septembre 2026

À Tbilissi, il fallait refaire un trottoir. En septembre 2026, des ouvriers travaillent sur l'avenue Roustavéli, l'artère monumentale de la capitale géorgienne. Sous la chaussée apparaissent des fragments de céramique.

Ils ont environ mille ans.

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Publié le 14 septembre 2026 à 04:00 · Publication originale

Ils ont environ mille ans.

Le chantier destiné aux piétons vient d'ouvrir une fenêtre sur une ville disparue.

Les archéologues les attribuent au Xe siècle, lorsque Tbilissi se trouvait sous domination arabe. La cité était déjà un carrefour entre mondes persan, arabe, caucasien et byzantin, relié aux routes commerciales traversant l'Eurasie.

Mais le chantier réserve une autre surprise.

Sous l'avenue moderne apparaissent aussi des cours d'eau souterrains liés aux sources sulfureuses qui ont façonné l'histoire de Tbilissi. Le nom même de la ville vient de "tbili", chaud en géorgien.

Sous les voitures, les vitrines et les passants, deux fantômes étaient donc encore là: l'eau qui avait attiré les hommes et les objets qu'ils avaient laissés.

C'est une étrange manière de regarder une ville.

Nous imaginons le passé derrière nous. L'archéologie urbaine montre qu'il est aussi dessous.

Rome possède plusieurs mètres de villes superposées. À Londres, les archéologues traversent des couches médiévales avant d'atteindre la ville romaine. À Paris, caves, carrières, égouts et vestiges racontent une capitale qui n'a cessé de construire sur ses propres versions.

Une rue n'est donc pas seulement une surface permettant d'aller quelque part.

C'est parfois une archive sur laquelle nous marchons.

Le plus extraordinaire est que personne ne cherchait ces poteries. Elles ont attendu près de mille ans qu'une administration décide d'améliorer un trottoir.

Nous construisons constamment le futur en croyant avoir quitté ce qui précédait.

Mais une ville oublie moins bien que ses habitants.

Demain, en traversant une avenue familière, une pensée pourrait rester: combien de vies séparent réellement la semelle de notre chaussure du premier sol foulé ici?

Et combien de villes existent encore silencieusement sous celle que nous appelons la nôtre?

"Une civilisation commence peut-être à se perdre lorsqu'elle transforme le monde plus rapidement qu'elle n'apprend à le regarder."

ULISSE

Nous croyons voyager horizontalement. Certaines des plus grandes distances commencent quelques mètres sous nos pieds.

Sources

Georgian National Museum

National Agency for Cultural Heritage Preservation of Georgia

UNESCO

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