Publié le 16 septembre 2026 à 10:00 · Publication originale
Ils ne cherchaient pas à savoir quels jeunes avaient reçu un cours d'éducation sexuelle.
Ils ont regardé leur filière scolaire.
Pascalle Heijligenberg, Margreet de Looze, Marlies Maes, Kai Jonas et Karlijn Massar constatent que les adolescents des formations professionnelles possèdent en moyenne moins de connaissances sur la sexualité que ceux des filières académiques. Ils rapportent également davantage de débuts sexuels précoces et de grossesses adolescentes.
L'effet global est modeste, g=0,279. L'hétérogénéité entre études est forte. Et les auteurs prennent soin de ne pas transformer une association en causalité: origine sociale, famille, parcours scolaire et accès aux ressources peuvent intervenir.
Mais leur résultat devient intéressant lorsqu'on ouvre les données françaises.
Depuis 2001, le Code de l'éducation prévoit trois séances annuelles d'éducation à la sexualité.
L'enquête nationale CSF-2023 permet de regarder ce qu'il en reste réellement. Dans l'analyse publiée en 2026, 80% des Français de 18 à 29 ans déclarent se souvenir d'une éducation sexuelle au collège.
Au lycée: 44%.
La chute est spectaculaire précisément au moment où une partie des adolescents commence à prendre davantage de décisions sexuelles.
Les contenus racontent une autre histoire. Prévention des infections, contraception et anatomie occupent une place importante. Désir et plaisir sont moins présents.
Or une grossesse adolescente n'est pas seulement un événement médical. Eurostat mesure depuis longtemps son voisinage avec l'éducation: dans l'Union européenne, les femmes devenues mères jeunes sont surreprésentées parmi celles ayant les niveaux d'études les plus faibles. Cela ne prouve évidemment pas que l'éducation sexuelle fabrique la réussite scolaire. Les causalités sont multiples et souvent sociales.
Mais cela explique pourquoi la qualité de cet enseignement mérite mieux qu'une case cochée.
Une information comprise à 16 ans peut intervenir quelques mois plus tard dans une décision concernant contraception, consentement, consultation ou poursuite d'une relation. À cet instant, elle n'est plus un chapitre scolaire. Elle devient une ressource.
La prochaine fois qu'un lycée affichera "éducation à la sexualité" sur un emploi du temps, regardez la durée, le contenu et surtout qui est encore dans la salle.
C'est peut-être là que commence l'inégalité la moins visible.
DORANTE
Ce que l'école omet d'enseigner ne disparaît pas. Quelqu'un devra un jour l'apprendre dans la vie.
Sources 2026
Heijligenberg et al.
Journal of Youth and Adolescence
Rahib et al.
Santé publique France
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