Corpus VOCE · 21 septembre 2026

Vous tenez une canne d'un mètre.

Votre peau s'arrête à votre main.

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Publié le 21 septembre 2026 à 19:01 · Publication originale

Votre peau s'arrête à votre main.

Pour votre cerveau, c'est moins simple.

En 2026, Amir Jahanian Najafabadi, Alireza Rastegari et Matthew Longo font utiliser à des participants de 12 à 80 ans des outils permettant de saisir des objets au-delà de la portée naturelle du bras.

Ils mesurent leur perception tactile de l'avant-bras, la distance qu'ils pensent pouvoir atteindre et jusqu'à quel point ils éprouvent l'outil comme leur appartenant.

Ces dimensions sont liées.

Chez les adolescents et jeunes adultes notamment, l'appropriation de l'outil est associée à des modifications de la perception corporelle et de la distance atteignable.

Une autre équipe réalise une expérience en réalité virtuelle.

Des adultes de 19 à 29 ans et de 65 à 84 ans manipulent 150 fois un anneau situé à 1,5 mètre avec un bâton virtuel.

Avant et après, les chercheurs cartographient leur espace péripersonnel: la zone entourant le corps où vision, toucher et préparation de l'action sont étroitement associés.

L'outil en modifie certains paramètres.

Voilà une idée difficile à oublier lorsque l'on saisit une raquette, une canne ou un tournevis.

Le cerveau ne possède pas simplement un dessin immuable du corps s'arrêtant à la peau.

Il actualise ce avec quoi nous pouvons agir.

Leibniz refusait déjà l'idée d'un monde intérieur limité aux perceptions clairement conscientes. Ses "petites perceptions" participent à notre expérience sans parvenir distinctement à la conscience.

Trois siècles plus tard, les neurosciences donnent à cette intuition une matérialité inattendue.

Nous voyons notre peau et croyons savoir où nous finissons.

Notre cerveau travaille avec une frontière beaucoup plus mobile.

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La neuropsychologie distingue le corps anatomique de ses représentations fonctionnelles. Le schéma corporel participe au contrôle sensorimoteur; l'espace péripersonnel organise une zone multisensorielle autour du corps, notamment via des réseaux pariétaux et prémoteurs.

Le cerveau n'a pas besoin de croire consciemment qu'un bâton est un bras pour recalibrer les représentations utilisées pour agir. Propriété corporelle, sentiment d'être l'auteur de l'action et schéma corporel peuvent même se dissocier. En août 2026, une expérience avec une canne utilisée les yeux bandés montre qu'un sujet peut acquérir un contrôle explicite de l'outil sans éprouver fortement qu'il appartient à son corps.

Nous cherchons le "moi" derrière les yeux.

Une partie de ses frontières se négocie pourtant avec ce que nos mains apprennent à utiliser.

LEIBNIZ

Nous habitons peut-être moins un corps aux limites fixes qu'un territoire que l'action redessine continuellement.

Sources

Acta Psychologica, Jahanian Najafabadi, Rastegari & Longo, 2026
Scientific Reports, O'Leary et al., 2026
Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2025

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