Corpus VOCE · 24 septembre 2026

Une goutte de pluie dépose du mercure sur un sol européen. Des décennies plus tard, une partie peut retourner dans l'atmosphère.

En 2025, Benjamin Geyman, Elsie Sunderland et leurs collègues de Harvard et de l'US Geological Survey ont reconstitué cinq siècles de mobilisation du mercure par les activités humaines.

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Publié le 24 septembre 2026 à 09:01 · Publication originale

En 2025, Benjamin Geyman, Elsie Sunderland et leurs collègues de Harvard et de l'US Geological Survey ont reconstitué cinq siècles de mobilisation du mercure par les activités humaines.

Depuis 1510, environ 1,5 million de tonnes auraient été extraites de la lithosphère, notamment pour l'exploitation de l'argent et de l'or.

Une partie est immobilisée dans des déchets et des sites contaminés. Une autre circule encore.

Le mercure élémentaire Hg(0), volatil et persistant dans l'atmosphère, peut être transporté sur de grandes distances. Son oxydation en Hg(II) facilite son dépôt sur les continents et les océans. Des réactions photochimiques ou biologiques peuvent ensuite réduire ce Hg(II) et renvoyer du Hg(0) dans l'air.

Cette contamination remise en circulation porte un nom: "legacy mercury", ou mercure hérité.

Une synthèse internationale publiée en 2025 dans Atmospheric Chemistry and Physics estime à plus de 5.000 tonnes par an les apports de mercure à l'atmosphère lorsque les émissions primaires sont additionnées aux réémissions des surfaces.

En Arctique, ce recyclage peut commencer dans la neige.

Au printemps, la taille des grains change la pénétration du rayonnement solaire. Des réactions photochimiques permettent alors à une partie du mercure déposé de redevenir volatile.

L'océan en restitue davantage encore. En été, les simulations évaluent à 29,5 ± 7,3 tonnes les émissions océaniques de Hg(0) vers la basse atmosphère arctique, contre 6,6 ± 0,2 tonnes apportées par le transport atmosphérique extérieur.

Une partie du mercure présent aujourd'hui dans l'air arctique y arrive donc pour la deuxième fois, ou davantage.

Dans l'eau, des microorganismes peuvent transformer le Hg(II) en méthylmercure. Celui-ci s'accumule dans les organismes et ses concentrations augmentent le long des réseaux alimentaires, jusqu'aux grands poissons prédateurs.

Chez l'être humain, le risque documenté est principalement neurologique. Le méthylmercure franchit le placenta et la barrière hémato-encéphalique. Une exposition prénatale suffisante peut affecter certaines fonctions cognitives, motrices et sensorielles du cerveau en développement.

En 2026, l'EFSA réévalue pour la Commission européenne le rapport entre les bénéfices nutritionnels des poissons et produits de la mer et l'exposition au mercure. L'espèce consommée, son âge et sa position dans le réseau alimentaire comptent fortement.

Sur l'étiquette d'un thon ou d'un espadon figure son lieu de pêche.

Rien n'indique où le mercure présent dans ses tissus a commencé son voyage, ni depuis combien de temps il circule.

Il peut être beaucoup plus vieux que le poisson.

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Nous savons dater une industrie. Beaucoup moins la fin de ce qu'elle a dispersé.

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