Corpus VOCE · 25 septembre 2026

William Kentridge: ce que l'effacement laisse derrière lui

Londres, 24 septembre 2026.

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Publié le 25 septembre 2026 à 18:00 · Publication originale

Londres, 24 septembre 2026.

William Kentridge dessine au fusain, photographie la feuille, puis efface une partie de l'image avant de reprendre sur le même papier.

La gomme ne rend jamais la feuille intacte. Une poussière grise demeure là où se trouvait une silhouette ou un bâtiment. Lorsque les états successifs sont projetés, le mouvement apparaît avec les traces de ce qui l'a précédé.

Kentridge travaille ainsi depuis "Johannesburg, 2nd Greatest City After Paris", en 1989. Goodman Gallery présente aujourd'hui le douzième film de ses "Drawings for Projection": "A Nicely Built City \(Never Resists Destruction\)", réalisé pendant neuf mois dans son atelier de Johannesburg.

Le film revient notamment sur l'explosion au méthane qui éventra Bree Street en juillet 2023 et sur des arbres frappés par le champignon associé à un coléoptère invasif. Des architectures inspirées de Johannesburg, Caracas, Gaza, Téhéran ou Tel-Aviv se transforment en arbres.

Le procédé prend alors un sens particulier. La ville redessinée garde matériellement l'empreinte de celle qui vient d'être effacée.

Les dessins originaux exposés montrent ce que la projection laisse presque disparaître: les coups de gomme et les anciennes positions des figures.

L'exposition réunit aussi "Orpheus, Eurydice, Hermes", installation conçue autour de "L'Orfeo" de Monteverdi, mis en scène cette année par Kentridge à Glyndebourne. Elle utilise le "Pepper's Ghost", illusion du XIXe siècle dans laquelle une image réfléchie sur une plaque de verre fait apparaître une présence dont le corps se trouve ailleurs. Eurydice peut ainsi être visible sans être présente.

ULTRA®

En 1925, Freud décrit le "bloc magique": une surface sur laquelle l'écriture disparaît lorsque l'on soulève la feuille, tandis qu'une trace demeure dans la cire. Il y voit une image possible de la mémoire.

Un siècle plus tard, la reconsolidation impose davantage de prudence. Réactiver un souvenir peut, sous certaines conditions, le rendre temporairement modifiable avant sa restabilisation. Le rappel n'est donc pas toujours la simple lecture intacte d'une archive.

Le fusain de Kentridge n'est évidemment pas un modèle du cerveau. Mais il matérialise avec une précision troublante quelque chose que la mémoire nous fait oublier: retrouver une image du passé ne signifie pas nécessairement retrouver son état original.

Chez lui, chaque nouvelle image avance avec ses effacements encore visibles.

L'effet cognitif tient aussi à cela: le regard reçoit simultanément l'état présent et la preuve matérielle de l'état précédent. La disparition reste perceptible dans ce qui lui succède.

ORFEO

Se retourner ne rend pas le passé. Cela révèle parfois la trace qu'il a laissée.

Sources

Goodman Gallery; William Kentridge Studio; Glyndebourne; Virto-Farfan & Tafet, Neuromodulation, 2026.

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