Publié le 26 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale
En 2008, une phrase entre dans la Constitution française:
"Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France."
Le corse, le basque, le breton, le flamand occidental, le francoprovençal ou le normand peuvent être enseignés, documentés et transmis.
Mais le problème a changé.
Une langue doit désormais exister aussi dans les machines.
Lorsqu'un téléphone transcrit une voix, qu'un moteur recherche une information ou qu'une IA traduit une phrase, il s'appuie sur une infrastructure invisible: textes, enregistrements, lexiques, corpus annotés et modèles entraînés.
L'UNESCO documente environ 7.000 langues encore utilisées dans le monde. Autour de 1.000 seulement sont représentées en ligne.
Dès 2003, bien avant l'IA générative, l'organisation évoquait la "survie des langues dans le cyberespace" et citait déjà recherche, traduction automatisée et compréhension de la parole.
En 2025, sa Global Roadmap for Multilingualism in the Digital Era place explicitement l'IA au centre du problème.
Pour une langue minoritaire, le risque n'est donc plus seulement de perdre ses locuteurs.
Il est de devenir moins utilisable que la langue dominante qui l'entoure.
Si elle fonctionne moins bien dans la dictée, la recherche, la traduction ou les assistants, chaque interaction numérique ajoute une friction.
Aucune interdiction n'est nécessaire.
L'autre langue fonctionne simplement mieux.
ULTRA®
La politique linguistique entre ainsi dans une nouvelle époque.
Préserver une langue exige toujours enseignement, dictionnaires et archives. Mais le numérique demande aussi des ressources utilisables par les machines: corpus structurés, enregistrements transcrits, terminologies et jeux de données d'évaluation.
Un musée, une université ou une fondation qui numérise des archives linguistiques ne conserve donc plus seulement du patrimoine. Si les données sont correctement préparées et accessibles, elle contribue aussi à l'infrastructure des technologies futures.
Une langue peut rester visible sur les panneaux, enseignée dans quelques écoles et conservée dans les archives tout en devenant absente des interfaces par lesquelles une génération travaille et communique.
Au XXIe siècle, transmettre une langue signifie aussi permettre aux machines de l'entendre sans obliger ses locuteurs à en changer.
HANS SACHS
Une langue commence à quitter le futur lorsque les outils du présent cessent de savoir l'utiliser.
Sources
Constitution française, article 75-1, 2008
UNESCO, Recommandation sur le multilinguisme et l'accès universel au cyberespace, 2003
UNESCO, Global Roadmap for Multilingualism in the Digital Era, 2025
UNESCO, Multilingualism and Linguistic Diversity
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