Publié le 29 septembre 2026 à 18:00 · Publication originale
Plus bas se cache pourtant l'une de ses machines les plus singulières.
Elle calcule Pâques.
Une première horloge existait au XIVe siècle. La seconde, achevée en 1571 par Isaac et Josias Habrecht avec les mathématiciens Conrad Dasypodius et David Wolkenstein, cesse de fonctionner en 1788.
Son buffet Renaissance subsiste.
Entre 1838 et 1842, Jean-Baptiste Schwilgué y installe un mécanisme entièrement nouveau.
Au centre, un calendrier perpétuel intègre les années bissextiles et les fêtes mobiles. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, le comput ecclésiastique détermine la date de Pâques à partir du cycle solaire, du nombre d'or, de la lettre dominicale et de l'épacte.
La machine reproduit aussi des phénomènes astronomiques.
Une petite Lune, moitié claire et moitié sombre, tourne sur elle-même. Lors d'une éclipse solaire, son aiguille l'amène devant le Soleil. Pour une éclipse lunaire, elle passe derrière un disque représentant l'ombre terrestre.
L'horloge représente même la précession des équinoxes sur un cycle d'environ 25.800 ans.
Certains engrenages accomplissent donc un mouvement dont leurs constructeurs ne pouvaient observer le cycle complet.
ULTRA®
Le génie de Schwilgué tient à cette traduction mécanique.
Une horloge ordinaire distribue un mouvement périodique. Ici, la mécanique doit aussi produire une date qui dépend de cycles différents.
L'épacte situe conventionnellement l'âge de la Lune au début de l'année. Le nombre d'or repère l'année dans le cycle métonique de dix-neuf ans. La lettre dominicale situe les dimanches.
Schwilgué transforme ces données en positions physiques.
Les équations solaire et lunaire vont plus loin: elles combinent mécaniquement des variations cycliques afin d'accélérer ou ralentir les indicateurs. Un mouvement régulier restitue ainsi un mouvement apparent qui ne l'est pas.
La machine est aussi une histoire de conservation.
Le mécanisme du XIXe siècle fonctionne dans un buffet Renaissance, à l'intérieur d'une cathédrale construite sur plusieurs siècles.
En 1858, le Conseil de fabrique demanda pourtant que l'horloge soit démontée puis remontée à l'extérieur, notamment parce qu'elle perturbait les offices.
La municipalité refusa.
Ce que nous croyons immuable a parfois simplement survécu à une décision contraire.
FAUST
Nous appelons éternel ce dont nous avons oublié les transformations.
Sources
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg.
Fondation de l'Œuvre Notre-Dame.
UNESCO, Heritage Sites of Astronomy and Archaeoastronomy.
Schmidt, Notice historique sur l'horloge astronomique, 1842.
Schwilgué, Notice sur la vie et les travaux de J.-B. Schwilgué, 1857.
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