Publié le 1 octobre 2026 à 18:00 · Publication originale
Dans six refuges australiens, Heather Mitcheltree et Minna Sunikka-Blank, de l'Université de Cambridge, interrogent 31 résidentes et 21 professionnels: qu'est-ce qui vous fait vous sentir en sécurité?
Les équipes évoquent les serrures, les caméras et la confidentialité des adresses. Les femmes reconnaissent ces protections, mais décrivent aussi quelque chose qui ne figure sur aucun plan d'architecte: pouvoir enfin cesser d'avoir peur.
Seize des 31 résidentes associent la sécurité à l'absence de peur, de stress ou d'anxiété. Dix évoquent le soutien humain. Une seule cite l'adresse secrète du refuge parmi les éléments qui la rassurent, contre six des 21 professionnels.
Une femme raconte que son passé continue de la hanter alors qu'elle est physiquement à l'abri.
Le détail le plus troublant se cache dans les objets ordinaires. Une caméra rassure certaines résidentes; pour une autre, autrefois surveillée par son agresseur, elle réveille la peur. Une porte verrouillée peut protéger sans rassurer tout le monde.
Les chercheuses soulignent l'importance d'espaces où s'isoler, retrouver des relations de confiance et exercer un contrôle sur son quotidien. Les besoins varient, notamment avec la présence d'enfants.
L'enquête, qualitative et limitée à 52 personnes, ne prouve pas qu'une architecture soigne les traumatismes. Elle révèle ce qu'un bâtiment conçu pour empêcher l'intrusion peut ignorer de celles qui l'habitent.
En Australie, 117.000 personnes ayant vécu des violences familiales ont reçu une aide spécialisée liée au logement en 2024-2025. À cette échelle, chaque détail d'un lieu d'accueil compte.
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Lors d'un atelier de l'étude, un professionnel explique que les dispositifs matériels de sécurité peuvent réduire les coûts d'assurance d'un refuge.
Une caméra peut donc répondre à une logique financière tout en ravivant, chez certaines femmes, le souvenir d'une surveillance abusive. La protection possède parfois des effets que ses propres indicateurs ne mesurent pas.
En France, la Fondation Kering finance Mon Palier, qui accueille des femmes de 18 à 25 ans sans enfants et les accompagne vers l'autonomie. Avec Accor, la Fondation des Femmes a permis 6.473 nuitées d'urgence en 2025.
Les financeurs pourraient aussi évaluer l’intimité retrouvée et la liberté de décider de son quotidien. Ces bénéfices restent à démontrer.
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La première liberté retrouvée est parfois de pouvoir fermer une porte sans redouter ce qui se trouve derrière.
Sources
Mitcheltree et Sunikka-Blank, Journal of Family Violence, 28 septembre 2026
AIHW, Specialist Homelessness Services, 2024-2025
Kering Foundation, Mon Palier
Fondation des Femmes, Abri d'urgence, 2025
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