Publié le 1 octobre 2026 à 21:00 · Publication originale
Sept patients opérés pour une épilepsie résistante sont sous anesthésie générale. Ils ne répondent plus. Une sonde placée dans leur hippocampe enregistre pourtant une activité inattendue.
Au Baylor College of Medicine, Kalman Katlowitz et ses collègues utilisent des électrodes Neuropixels pour suivre des centaines d'unités neuronales.
Ils font entendre des sons répétitifs, interrompus par une tonalité inattendue. L'hippocampe distingue l'anomalie. En dix minutes, cette distinction s'affine.
Puis, à quatre patients, les chercheurs diffusent de véritables podcasts.
Les signaux neuronaux contiennent des informations sur le sens des mots et leur catégorie grammaticale. Plus troublant encore, le contexte enregistré dans l'activité cérébrale permet de retrouver des informations sur le sens des mots qui vont suivre.
Sans réponse observable, l'hippocampe conserve une partie du travail de l'écoute.
Cette expérience ne démontre ni compréhension consciente, ni souvenir de la conversation, ni capacité à apprendre durablement sous anesthésie. Elle porte sur un petit groupe de patients, sous propofol, dans des conditions chirurgicales particulières.
Elle révèle cependant quelque chose d'essentiel: la conscience ne commande pas nécessairement chacune des opérations qui donnent du sens à ce que nous entendons.
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En 2024, une étude internationale publiée dans le New England Journal of Medicine avait identifié un phénomène clinique différent, mais tout aussi déroutant.
Parmi 241 patients cérébrolésés incapables de suivre visiblement une consigne, 60, soit 25 %, présentaient à l'EEG ou à l'IRM fonctionnelle une activité compatible avec l'exécution d'une tâche mentale demandée. Les chercheurs parlent de dissociation cognitivo-motrice.
Cette proportion concerne les patients sélectionnés pour l'étude. Elle ne s'applique pas indistinctement à toutes les personnes dans le coma.
Les expériences ne mesurent pas la même chose. Sous anesthésie, Katlowitz détecte un traitement du langage sans réponse volontaire démontrée. Chez certains patients cérébrolésés, l'imagerie révèle une réponse à une instruction malgré l'absence de mouvement observable.
Pour la neuropsychologie, cette différence change la lecture du silence. Une évaluation comportementale reste indispensable, mais l'EEG ou l'imagerie peuvent, lorsque c'est indiqué, mettre au jour des capacités qu'elle ne détecte pas.
L'absence de réponse ne nous dit pas, à elle seule, jusqu'où le cerveau de l'autre peut encore aller.
PAMINA
Le silence d'un être humain ne mesure pas toute la vie qui demeure en lui.
Sources
Katlowitz et al., Nature, 6 mai 2026
Bodien et al., New England Journal of Medicine, 2024
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