Publié le 1 octobre 2026 à 19:00 · Publication originale
Au Museum of Old and New Art (MONA), un visiteur descend seul dans une chambre creusée dans le grès.
L'air qu'il inspire reçoit de l'oxygène obtenu à partir de roches formées il y a environ 2,4 milliards d'années.
L'artiste franco-suisse Julian Charrière a donné à cette expérience un nom presque ordinaire: "Breathe".
Pour la réaliser, il a fait venir du Pilbara, en Australie-Occidentale, des roches ferrugineuses. Elles portent la trace d'un événement qui a changé la chimie de notre planète.
Des microorganismes photosynthétiques produisaient déjà de l'oxygène. Longtemps, celui-ci réagissait avec le fer dissous dans les océans et d'autres composés. Ces réactions ont contribué à former d'immenses dépôts minéraux.
Vers 2,4 milliards d'années, l'oxygène commence à s'accumuler durablement dans l'atmosphère. Les géologues nomment cette transition la Grande Oxydation.
Charrière a travaillé avec des scientifiques et des ingénieurs. Un réacteur permet d'obtenir de l'eau issue du minerai; l'électrolyse, dans un appareil de Hofmann modifié, produit l'oxygène diffusé dans la chambre.
Les atomes proviennent d'une matière très ancienne; le gaz, lui, est produit aujourd'hui. Aucun flacon d'air préhistorique n'a traversé les âges.
L'expérience garde pourtant sa puissance.
Dans l'exposition "Hard Core", on peut aussi s'allonger et sentir dans le sol les vibrations de cinq volcans actifs. Ailleurs, une machine polit lentement un ancien stromatolithe, vestige de l'activité microbienne.
La géologie sort des vitrines. Elle passe par les oreilles, la peau et les poumons.
"Hard Core" reste visible jusqu'au 29 mars 2027. "Breathe" est une installation permanente.
Le passé ne se regarde plus. Il entre dans les poumons.
ULTRA®
L'oxygène que nous associons aujourd'hui à la vie a bouleversé les premiers écosystèmes.
Pour de nombreux organismes anaérobies, il était toxique. Le vivant a développé des défenses contre ses dérivés réactifs, notamment des enzymes comme la catalase et la superoxyde dismutase.
D'autres lignées ont ensuite exploité l'oxygène dans la respiration aérobie, permettant une production d'énergie qui soutient aujourd'hui une grande partie de notre métabolisme.
Les dépôts ferrugineux du Pilbara témoignent ainsi d'une planète transformée par des microorganismes bien avant l'apparition des animaux.
Charrière ne fait pas remonter le temps. Il nous confronte physiquement aux conséquences d'une révolution biologique ancienne.
PROMETEO
Chaque souffle est un héritage d'êtres vivants qui n'avaient pas de poumons.
Sources
MONA, Julian Charrière, Hard Core et Breathe, 2026
Olivier Varenne, Hard Core, 2026
Crockford et al., Communications Earth & Environment, avril 2026
Hannah Moore, The Conversation, juin 2026
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