Corpus VOCE · 2 octobre 2026

12 mai 2026.

Le gemtuzumab ozogamicin reconnaît CD33, une protéine présente sur de nombreuses cellules de leucémie aiguë myéloïde. Mais CD33 existe aussi sur les cellules myéloïdes normales.

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Publié le 2 octobre 2026 à 07:00 · Publication originale

Le gemtuzumab ozogamicin reconnaît CD33, une protéine présente sur de nombreuses cellules de leucémie aiguë myéloïde. Mais CD33 existe aussi sur les cellules myéloïdes normales.

Le médicament trouve donc sa cible au prix d'une toxicité possible pour le sang que l'on veut sauver.

John DiPersio et ses collègues essaient autre chose: modifier le tissu sain plutôt que le médicament.

Ils prélèvent des cellules souches hématopoïétiques CD34+ chez des donneurs compatibles, puis utilisent CRISPR-Cas9 pour inactiver CD33. Le produit, tremtelectogene empogeditemcel ou trem-cel, est ensuite greffé.

L'objectif: reconstruire une hématopoïèse largement dépourvue de CD33, tandis que les cellules leucémiques résiduelles peuvent conserver la cible.

Dans cet essai de phase 1/2a publié dans Nature Medicine, 29 patients atteints de LAM et un patient atteint d'un syndrome myélodysplasique à haut risque reçoivent trem-cel. L'efficacité médiane de l'édition atteint 90%.

Tous obtiennent une prise de greffe des neutrophiles avant J28, en médiane dix jours. Vingt-neuf récupèrent leurs plaquettes.

Puis 19 patients reçoivent du gemtuzumab en maintenance: 77 cycles, jusqu'à huit. Neutrophiles et plaquettes restent préservés pendant le traitement, sans cytopénies sévères prolongées.

CRISPR n'attaque donc pas ici la leucémie.

Il modifie le terrain pour qu'une autre arme puisse être utilisée différemment.

La prudence reste essentielle. Pas de groupe contrôle, suivi médian des survivants de 7,9 mois, six rechutes, toutes CD33+, et sept décès. Trois décès sont liés à la transplantation. L'essai est interrompu prématurément pour raisons financières.

Il ne démontre ni réduction des rechutes ni bénéfice de survie.

Il montre qu'un tissu sanguin humain peut être génétiquement reconfiguré pour mieux résister à une thérapie visant une protéine partagée avec les cellules normales.

ULTRA®

Pourquoi peut-on enlever CD33?

Des humains porteurs de variants germinaux entraînant une perte de fonction de CD33 ont été identifiés. Ils présentent surtout de légères modifications de certaines populations leucocytaires, sans pathologie clinique majeure identifiée.

Cette relative dispensabilité donne à CD33 une propriété rare: une cible présente sur la tumeur peut, expérimentalement, être retirée du tissu sain qui doit survivre au traitement.

L'idée dépasse le gemtuzumab. Dans quelques situations soigneusement choisies, l'édition génétique pourrait rendre un tissu normal invisible à une thérapie dirigée contre un antigène partagé.

Le médicament reste identique. C'est la frontière entre cible et patient que l'on redessine.

PARSIFAL

Il arrive que protéger le vivant consiste à lui retirer ce que l'arme reconnaît.

Sources

DiPersio et al., Nature Medicine, 12 mai 2026
Dominy et al., PLOS Genetics, 5 mars 2025
NCT04849910

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