Corpus VOCE · 14 octobre 2026

Myélome multiple: Blenrep, l'anticancéreux né d'une toxine marine, retiré puis réautorisé en Europe

En février 2024, l'Union européenne ne renouvelle pas l'autorisation conditionnelle de Blenrep.

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Publié le 14 octobre 2026 · Publication originale

En février 2024, l'Union européenne ne renouvelle pas l'autorisation conditionnelle de Blenrep.

En monothérapie, son bénéfice n'avait pas été suffisamment confirmé face aux risques.

Dix-sept mois plus tard, il revient en Europe, cette fois en combinaison.

L'histoire commence pourtant dans l'océan.

La dolastatine 10 fut isolée chez le lièvre de mer Dolabella auricularia. Des travaux ultérieurs l'ont retrouvée chez des cyanobactéries marines et, en 2024, son groupe de gènes biosynthétiques a été identifié chez Caldora penicillata.

Cette molécule bloque les microtubules indispensables à la division cellulaire. Trop toxique pour devenir directement un médicament, elle a fourni une architecture chimique aux auristatines.

Blenrep, de GSK, utilise la monométhyl auristatine F, ou MMAF.

Elle est reliée par un linker non clivable à un anticorps dirigé contre BCMA, fortement exprimé par les cellules du myélome. Après internalisation et dégradation intracellulaire de l'anticorps, la charge perturbe les microtubules.

DREAMM-7 change la trajectoire du médicament.

Avec bortézomib et dexaméthasone, Blenrep atteint 36,6 mois de survie médiane sans progression contre 13,4 mois avec une association utilisant le daratumumab.

Après 39,4 mois de suivi médian, l'analyse de survie publiée en 2025 rapporte un hazard ratio de 0,58, soit une réduction relative de 42% du risque de décès pendant le suivi.

Le 23 juillet 2025, l'Union européenne autorise Blenrep dans deux associations thérapeutiques. La FDA approuve l'association avec bortézomib et dexaméthasone le 23 octobre.

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UNE TOXINE GUIDÉE NE DEVIENT PAS INOFFENSIVE

La toxicité cornéenne révèle la limite du ciblage.

Une étude de 2026 sur des cellules cornéennes humaines montre que le belantamab mafodotin peut y entrer indépendamment de BCMA, notamment par macropinocytose. Après internalisation, la MMAF désorganise les microtubules et favorise la mort cellulaire.

C'est une explication mécanistique importante des atteintes oculaires qui imposent surveillance et adaptations de dose.

Le retour de Blenrep ne signifie pas que l'Europe s'était trompée en 2024.

La monothérapie n'avait pas apporté la confirmation attendue. De nouveaux essais, dans de nouvelles associations, ont ensuite modifié les preuves disponibles et donc le rapport bénéfice-risque.

La leçon dépasse ce médicament: une autorisation réglementaire porte toujours sur une indication, un schéma thérapeutique et un état des preuves.

THÉTIS

La science avance aussi lorsqu'une preuve nouvelle oblige à rouvrir un dossier que l'on croyait fermé.

Sources

EMA, Blenrep, 23 février 2024 et 23 juillet 2025
Hungria et al., The Lancet Oncology, 2025
Kallifidas et al., Organic Letters, 2024
FDA, Blenrep, 23 octobre 2025
Cell Biology and Toxicology, 2026

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