Publié le 15 octobre 2026 · Publication originale
À la surface de l'Atlantique, quelques centimètres peuvent cacher un déplacement de 80 mètres en profondeur.
Le 31 janvier 2026, V. Cheshm Siyahi, V. Kudryavtsev, Bertrand Chapron et Fabrice Collard publient dans Earth and Space Science une analyse des mesures du satellite franco-américain SWOT.
Au large de l'Amazone, dans les mers indonésiennes et près des Mascareignes, SWOT détecte des ondes internes longues de 3 à 50 km. Leur signature de hauteur de mer atteint plusieurs centimètres, parfois près de 20.
À partir de cette déformation minuscule et d'un modèle de stratification à trois couches, les chercheurs reconstruisent des déplacements de thermocline atteignant 80 mètres.
Le satellite ne mesure pas directement ces 80 mètres.
Il observe la surface et en déduit ce qui se passe dessous.
Le 17 février, une seconde étude suit des ondes internes au large du plateau amazonien.
Lorsqu'elles rencontrent un tourbillon cyclonique, leur trajectoire peut dévier d'environ 50°. Près d'un tourbillon anticyclonique, elles peuvent se séparer en deux branches.
L'océan profond possède donc une géométrie mobile capable de rediriger des vagues invisibles depuis un navire.
ULTRA® | QUAND UNE VAGUE DEVIENT DU MÉLANGE
Les ondes internes naissent notamment lorsque marées ou courants rencontrent un relief sous-marin dans un océan stratifié.
SWOT utilise KaRIn, un radar interférométrique dont deux antennes séparées par un mât de 10 mètres mesurent la topographie de surface avec une résolution inhabituelle.
Mais l'enjeu climatique apparaît lorsque l'énergie des ondes se dissipe.
En mai 2026, Dinora Garcia Santacruz et ses collègues analysent la turbulence dans l'Atlantique Nord.
Près de la dorsale médio-atlantique, les taux de dissipation atteignent environ 10⁻⁸ W/kg, jusqu'à deux ordres de grandeur au-dessus de valeurs typiques de l'intérieur océanique.
Le modèle IDEMIX reproduit mieux certaines observations profondes lorsqu'il inclut les ondes de sillage créées par les courants sur la topographie.
Cela ne signifie pas que les ondes internes accélèrent globalement le réchauffement.
Elles participent au brassage qui redistribue chaleur, nutriments et énergie, et dont la représentation reste imparfaite dans les modèles.
Le défi est de savoir où l'énergie d'une onde devient réellement turbulence.
PROSERPINA
Nous croyons connaître la mer parce que nous voyons sa surface.
Sources 2026
Cheshm Siyahi et al., Earth and Space Science, 31 janvier
Goret et al., Ocean Science, 17 février
Garcia Santacruz et al., JGR: Oceans, 10 mai
CNES/NASA, mission SWOT
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