Corpus VOCE · 15 octobre 2026

Notre-Dame de Paris: au XIIe siècle, la pierre était déjà liée par du fer

Après l'incendie du 15 avril 2019, les chercheurs accèdent à des parties de Notre-Dame restées presque invisibles pendant huit siècles.

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Publié le 15 octobre 2026 · Publication originale

Après l'incendie du 15 avril 2019, les chercheurs accèdent à des parties de Notre-Dame restées presque invisibles pendant huit siècles.

Ils y trouvent des centaines d'agrafes de fer intégrées à la maçonnerie.

Dans les tribunes de la nef et du chœur, 170 sont repérées. En tenant compte de celles cachées sous les murs et les sols, leur nombre est estimé à 300 à 400.

Plus haut, sous l'ancienne charpente, un autre réseau apparaît: deux lignes d'agrafes traversent les sommets des murs.

La question devient historique.

S'agit-il de consolidations tardives?

Six agrafes sont datées par radiocarbone grâce au carbone incorporé au fer lors de sa fabrication.

Celles des tribunes remontent aux premières campagnes du chantier, probablement au début des années 1160.

Notre-Dame devient ainsi la première cathédrale gothique connue où le fer est utilisé massivement comme matériau de construction dès le projet initial, environ quarante ans avant les armatures de Chartres ou Bourges jusque-là considérées comme pionnières.

Dans les tribunes, les agrafes maintiennent les pierres au-dessus des arcs alors que les étages supérieurs n'exercent pas encore leur poids.

Au sommet des murs, celles du XIIIe siècle contribuent à résister aux poussées latérales de la charpente.

Même certaines colonnes de 16 mètres, apparemment monolithiques, sont composées de cinq ou six blocs. Un détecteur de métaux a révélé les agrafes qui les relient à la maçonnerie.

Sous la cathédrale de pierre existait donc une architecture de fer.

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UNE AGRAFE CONSERVE AUSSI L'ÉCONOMIE DU CHANTIER

Douze agrafes ont été étudiées par métallographie.

Dix sur douze ont été forgées en soudant plusieurs pièces de fer. Neuf présentent des compositions d'inclusions différentes entre leurs parties.

L'analyse des inclusions de laitier identifie au moins six provenances de fer.

Les chercheurs avaient envisagé le recyclage. Mais une autre hypothèse est particulièrement révélatrice: les forgerons recevaient des barres d'environ 1 à 2 kg provenant de plusieurs approvisionnements et les soudaient pour fabriquer des agrafes de 3 à 4 kg.

Les fragments assemblés semblent parfois contemporains.

La soudure pourrait donc enregistrer moins le recyclage que l'organisation du marché du fer parisien.

Entre le XIIe et le début du XIIIe siècle, les sources d'approvisionnement se diversifient fortement.

Une pièce cachée dans un mur devient ainsi une archive de logistique médiévale.

VULCANO

La pierre raconte la forme du monument. Le fer conserve la trace de ceux qui l'ont rendu possible.

Sources

L'Héritier et al., PLOS ONE, 15 mars 2023
CNRS, Chantier scientifique Notre-Dame de Paris, groupe Métal
Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques

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