Publié le 17 octobre 2026 · Publication originale
30 juillet 2026.
Wenbin Yang, Benedetta Zattera, Miguel Pavão-Delgado, Johannes Felsenberg et leurs collègues publient dans Nature Neuroscience une expérience sur la drosophile.
Les mouches apprennent qu'une odeur annonce un choc électrique.
Vingt-quatre heures plus tard, elles ne l'évitent plus.
Le souvenir paraît perdu.
Pourtant, dans les corps pédonculés, structures centrales de la mémoire olfactive, une trace persiste dans des neurones de sortie appelés MBON-α2sc.
Elle est silencieuse: elle ne suffit plus à produire le comportement appris.
Les chercheurs présentent alors des indices de rappel.
L'évitement revient.
Le rappel rétablit aussi une trace active dans d'autres MBON, ceux qui participent directement à l'expression du comportement d'évitement.
Puis l'équipe modifie le rappel.
Au lieu de représenter l'odeur initialement associée au choc, elle utilise comme indice l'odeur qui n'avait pas été punie.
Les mouches peuvent alors apprendre à éviter cette mauvaise odeur.
Un faux souvenir comportemental apparaît à partir d'une information oubliée.
Ce résultat dépend du contexte vécu pendant l'apprentissage. Modifier certains éléments du contexte initial empêche la distorsion.
Surtout, les circuits dopaminergiques ne sont pas les mêmes.
La récupération fidèle dépend notamment de neurones PPL1-α'2α2. La formation du faux souvenir dépend de PPL1-α3/α'3.
Retrouver et reconstruire ne sont donc pas, chez la drosophile, deux versions d'un même mécanisme.
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OUBLIER N'EST PAS FORCÉMENT EFFACER
L'étude sépare trois propriétés que nous confondons souvent: conservation, accessibilité et exactitude.
Une information peut persister dans le circuit tout en devenant inaccessible au comportement.
Un rappel peut restaurer son expression.
Un rappel trompeur peut aussi utiliser ce qui reste pour construire une réponse fausse.
Cela ne démontre pas qu'un souvenir autobiographique humain oublié puisse être récupéré ou implanté de la même manière.
Mais le principe est puissant: la récupération n'est pas toujours la simple lecture d'une archive intacte. Elle peut être une reconstruction qui combine une trace ancienne avec une expérience récente.
La conviction de se souvenir ne constitue donc jamais, à elle seule, une preuve historique.
DON GIOVANNI
Le passé ne revient pas toujours tel qu'il a été conservé. Il peut revenir tel que le présent l'a réveillé.
Sources 2026
Yang et al., Nature Neuroscience, 30 juillet
Israel & Parnas, Nature Neuroscience, News & Views, 30 juillet
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