Corpus VOCE · 24 août 2026

À Coventry, dans les années 1990, l'ingénieur britannique Vic Tandy travaille seul dans un laboratoire lorsqu'il éprouve un malaise et l'impression d'être observé. Une forme grise apparaît à la périphérie de son champ visuel. Lorsqu'il tourne la tête, elle disparaît.

Quelques jours plus tard, une lame d'escrime placée dans un étau se met à vibrer.

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Publié le 24 août 2026 à 09:00 · Publication originale

Quelques jours plus tard, une lame d'escrime placée dans un étau se met à vibrer.

Tandy cherche la source.

Un ventilateur produit une onde proche de 19 Hz, à la frontière de l'audition humaine. La pièce favorise une onde stationnaire précisément à l'endroit où il travaillait. Avec le psychologue Tony Lawrence, il publiera l'épisode sous le titre "The Ghost in the Machine".

Vingt ans plus tard, l'Europe enquête sur une autre source d'infrasons: les éoliennes.

En Finlande, des riverains attribuent maux de tête, vertiges, troubles du sommeil ou palpitations aux très basses fréquences émises par les turbines.

Le gouvernement lance une étude exceptionnelle. Panu Maijala, Markku Sainio et leurs collègues enregistrent pendant 308 jours le son à l'intérieur de logements situés près d'éoliennes de 3 à 3,3 MW.

Ils sélectionnent ensuite les séquences contenant les niveaux d'infrasons les plus élevés et les reproduisent en laboratoire. Parmi les volontaires figurent des personnes déclarant souffrir à proximité des éoliennes.

Le test est en double aveugle: ni les participants ni les expérimentateurs ne savent quand les infrasons sont présents.

Même les personnes symptomatiques ne réussissent pas à les détecter. Leur fréquence cardiaque, sa variabilité et la conductance de leur peau ne montrent pas davantage de réaction spécifique.

Surtout, les mesures domestiques révèlent que l'énergie infrasonore attribuable aux éoliennes se concentre principalement sous 2 Hz.

Très loin des 19 Hz de Coventry.

En France, le mot "infrason" réunit pourtant souvent ces phénomènes comme s'ils étaient équivalents. Ils ne le sont pas.

Un détour par une cathédrale permet de comprendre la différence. Les plus grands tuyaux d'orgue peuvent atteindre environ 16 Hz. À cette fréquence et avec suffisamment d'intensité, le son commence presque à devenir une sensation physique.

Une fréquence ne suffit donc jamais à désigner un danger. Il faut aussi connaître son intensité, sa durée et les conditions d'exposition.

La prochaine fois que quelqu'un invoquera un "son invisible", une question devrait précéder toutes les autres: combien de hertz, et combien de décibels?

ORFEO

Ce que nous ne pouvons pas entendre mérite parfois moins de peur que de meilleures unités de mesure.

Sources

Finnish Government
VTT
University of Helsinki
Coventry University

#voceassociation #Éoliennes #Infrasons #Acoustique #Europe #Science

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