Publié le 24 août 2026 à 08:00 · Publication originale
Jean-François Jodouin, Natalie Rosen, Kathleen Merwin et Sophie Bergeron étudiaient 229 couples. Ils ne cherchaient pas celui qui avait "la bonne libido", mais la distance quotidienne entre deux désirs. Douze mois plus tard, ils ont recommencé.
Le résultat bouscule une vieille conception de la sexualité. Lorsque l'écart de désir augmentait, la détresse sexuelle tendait à augmenter le lendemain. Et la discordance initiale prédisait encore davantage de détresse un an plus tard.
La sexologie appelle cela sexual desire discrepancy. Deux personnes en parfaite santé peuvent simplement ne pas avoir envie de faire l'amour avec la même fréquence.
En 2024, Alyssa Clark, Tracy Walters et Eva Lefkowitz ont demandé à 300 personnes confrontées à cette situation comment elles la géraient. 74,3% choisissaient d'autres comportements sexuels, 55,1% communiquaient, 24,5% ne faisaient rien. Plus préoccupant: 13,1% déclaraient parfois avoir une activité sexuelle sans en éprouver le désir.
À cette différence biologique ordinaire s'ajoute aujourd'hui une gigantesque fabrique d'images. La pornographie commerciale montre une sexualité scénarisée autour de la disponibilité, de l'intensité et de la performance continues. Elle montre beaucoup moins la fatigue, les refus ou deux partenaires qui ne désirent simplement pas au même moment.
Ce modèle répond aussi à une économie. Les plateformes vendent de l'attention, de la nouveauté et parfois des abonnements. Leur produit doit stimuler, pas représenter fidèlement la sexualité moyenne d'un couple.
À force d'exposition, une fiction conçue pour être regardée peut devenir une référence silencieuse: désirer souvent, répondre immédiatement et rester performant seraient les signes d'une sexualité réussie.
La clinique observe précisément autre chose. Le désir fluctue, y compris dans les couples satisfaits.
La France continue pourtant à parler volontiers de "baisse de libido", comme si l'un des deux devait être réparé. La sexologie contemporaine regarde davantage ce qui se produit entre les partenaires.
Le problème commence lorsque la variabilité normale du désir est comparée à une sexualité fabriquée pour être vendue, puis transformée en mesure du sentiment.
Un refus sexuel peut alors être entendu comme un refus amoureux.
Ce sont pourtant deux phrases biologiquement différentes.
DONNA ELVIRA
Le désir ne mesure pas l'amour. Il mesure parfois seulement ce dont un corps a envie aujourd'hui.
Sources
Archives of Sexual Behavior
Journal of Marital and Family Therapy
European Society for Sexual Medicine
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