Publié le 24 août 2026 à 11:00 · Publication originale
Les graines ont été grillées à 110°C pendant 50 minutes, puis réduites en poudre. Chaque matin, les participantes les mélangent à du lait ou à leurs repas.
L'expérience dure treize semaines.
Pendant cinq semaines, certaines mangent le sésame, les autres une poudre de riz. Trois semaines d'arrêt. Puis les groupes échangent leur alimentation. Vingt-quatre femmes vont jusqu'au bout.
Les chercheurs prélèvent leur sang.
Le résultat concerne moins ce que les graines contiennent que ce qu'elles deviennent.
Dans les 50 grammes de sésame se trouvaient 381 milligrammes de lignanes, dont 248 de sésamine. Après cinq semaines, le LDL-cholestérol avait diminué de 10%. Un marqueur de l'oxydation des LDL avait baissé de 23%. Rapporté au cholestérol, le gamma-tocophérol, une forme de vitamine E, avait augmenté de 73%.
Quelques années auparavant, à Toronto, Lilian Thompson et ses collègues avaient posé une question plus étrange.
Que devient réellement le sésame après avoir quitté l'estomac?
Des femmes ménopausées mangent pendant quatre semaines des barres contenant 25 grammes de graines entières. Les chercheurs recherchent ensuite des molécules absentes de la graine au départ.
Ils les trouvent dans les urines.
Dans le côlon, certaines bactéries avaient transformé des précurseurs végétaux en entérodiol et en entérolactone, des lignanes utilisables par l'organisme. Leur excrétion avait fortement augmenté. Le sésame était entré sous une forme et avait quitté le corps sous une autre, après intervention du microbiote.
Une autre expérience rend l'histoire plus intéressante encore. Chez 33 adultes en surpoids consommant 25 grammes de sésame par jour, l'entérodiol et l'entérolactone urinaires sont multipliés par environ huit.
Cette fois, pourtant, ni le cholestérol ni la pression artérielle ne s'améliorent.
C'est probablement la partie la plus instructive.
Une graine n'est pas un médicament miniature. Sa dose, sa préparation, l'organisme qui la reçoit et peut-être les bactéries qui l'habitent modifient le résultat.
En France comme ailleurs en Europe, nous avons appris à regarder une graine et à lire une étiquette: calories, protéines, lipides, fibres.
Le laboratoire révèle une autre scène.
Entre la bouche et le sang, la nourriture peut être démontée, transformée puis reconstruite par des organismes qui ne possèdent même pas notre ADN.
Après cela, quelques graines de sésame sur une table ne sont plus tout à fait un simple condiment.
CERERE
Une partie de ce que nous mangeons ne devient biologiquement active qu'après avoir été confiée à un autre monde vivant.
Sources
The Journal of Nutrition
University of Toronto
Molecular Nutrition & Food Research
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