Publié le 24 août 2026 à 12:00 · Publication originale
L'étiquette disait, en substance: perle fabriquée dans une dent animale.
En 2026, l'archéologue Nemanja Marković, de l'Institut archéologique de Belgrade, la regarde de nouveau avec Ana Maričić. La forme l'intrigue. Sous le microscope, l'erreur devient évidente: ce n'est pas une dent animale.
C'est une canine humaine percée il y a plus de 6.500 ans.
L'objet avait été ramassé dans un champ à Jablanica, au sud de Belgrade, sur un village appartenant à la culture de Vinča, l'une des grandes sociétés du Néolithique européen. L'agriculture moderne avait brisé sa couronne. Privés de contexte archéologique précis, les chercheurs ont dû enquêter autrement.
L'usure de la surface indique un adulte d'âge moyen. La racine, étonnamment intacte, livre un détail plus troublant: la dent n'aurait probablement pas été arrachée à une personne vivante. Elle aurait été prélevée après la mort, lorsque le corps était déjà décomposé.
Quelqu'un l'a ensuite transformée.
Les radiographies et la microscopie montrent une perforation remarquablement maîtrisée. Les bords portent des traces d'usure: la dent n'a donc pas été percée puis abandonnée. Elle aurait été suspendue à un lien et portée suffisamment longtemps pour que le frottement laisse sa marque.
Pour la dater, Marković et Maričić ont comparé les traces de forage avec celles d'un bracelet en coquillage découvert au même endroit et daté d'environ 4700 av. J.-C. Plusieurs indices convergent vers le Néolithique final, entre environ 5.300 et 4.500 av. J.-C., même si les chercheurs reconnaissent qu'une datation absolue reste impossible pour cet objet trouvé en surface. L'étude paraît en 2026 dans l'International Journal of Osteoarchaeology.
Le plus étonnant est sa rareté. À Jablanica, seuls deux autres ornements personnels avaient été retrouvés. Et cette canine serait le premier bijou en dent humaine documenté de manière fiable dans le Néolithique des Balkans centraux.
Impossible de savoir qui était la personne morte. Parent, ancêtre, ennemi, personnage respecté? Les archéologues refusent de choisir sans preuve.
Mais l'objet révèle un geste.
Il y a 6.500 ans, en Europe, certains morts ne disparaissaient peut-être pas entièrement dans une tombe. Une partie de leur corps pouvait continuer à accompagner un vivant, portée contre lui jusqu'à ce que le lien use lentement la dent.
Nous conservons aujourd'hui une photographie ou une alliance.
Quelqu'un, à Jablanica, avait peut-être choisi quelque chose de beaucoup plus intime.
ORFEO
La mémoire des morts n'a pas toujours été confiée à des images. Elle a parfois été portée sur le corps.
Sources 2026
International Journal of Osteoarchaeology
Institut archéologique de Belgrade
Nemanja Marković
Ana Maričić
Jablanica, Serbie
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