Corpus VOCE · 30 août 2026

En France, nous avons transformé le repas en patrimoine.

Depuis 2010, le "repas gastronomique des Français" est inscrit à l'UNESCO. Nous parlons terroirs, marchés, saisonnalité, pain, fromage, cuisine familiale.

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Publié le 30 août 2026 à 19:00 · Publication originale

Depuis 2010, le "repas gastronomique des Français" est inscrit à l'UNESCO. Nous parlons terroirs, marchés, saisonnalité, pain, fromage, cuisine familiale.

Puis nous entrons dans un supermarché.

Et une autre France apparaît.

Selon l'Assurance Maladie, les aliments ultra-transformés représentent environ 35% de nos apports caloriques. Elle estime qu'environ 80% des produits disponibles en supermarché appartiennent à cette catégorie.

Ce n'est plus un phénomène américain.

C'est notre alimentation.

En 2025, Samuel Dicken, Adrian Brown, Rachel Batterham et leurs collègues de l'University College London ont voulu mesurer ce que cette transformation produit concrètement.

Cinquante-cinq adultes ont reçu successivement deux alimentations pendant huit semaines chacune.

L'une était composée principalement d'aliments peu transformés. L'autre d'ultra-transformés.

Les deux respectaient pourtant les recommandations nutritionnelles officielles britanniques.

Résultat publié dans Nature Medicine: perte de poids de 2,06% avec les aliments peu transformés, contre 1,05% avec les ultra-transformés.

Presque deux fois plus.

Une expérience de Kevin Hall au NIH avait déjà montré davantage.

Vingt volontaires vivent quatre semaines dans un centre clinique. Avec les ultra-transformés, ils consomment spontanément environ 500 calories supplémentaires par jour.

En deux semaines, ils prennent 0,9 kg.

Avec l'autre alimentation, ils en perdent 0,9.

Voilà une information plus inconfortable que "mangez moins gras, moins sucré".

Car la France possède aussi une immense machine chargée de vendre ce que nous mangeons.

En 2025, E.Leclerc contrôle 24,4% du marché alimentaire, Carrefour 21,2%, Intermarché 17,6% et Coopérative U 12,9%.

Et derrière les rayons existe une deuxième puissance: la publicité.

En 2025, la distribution représente 19% des investissements publicitaires français. C'est le premier secteur annonceur. E.Leclerc est même le premier annonceur de France.

On parle énormément de "plaisir", de "prix", de "gourmandise", de "tradition", de "protéines" ou d'"équilibre".

Beaucoup moins de ce qu'une expérience contrôlée mesure: la forme industrielle d'un aliment peut participer à la quantité que nous finissons par manger.

Le problème français n'est donc peut-être pas d'avoir perdu sa gastronomie.

Il est d'avoir conservé l'idée qu'elle nous protège.

Demain, regardez une publicité alimentaire, puis le rayon correspondant.

Nous sommes continuellement informés sur ce qu'il faut manger.

Nous sommes beaucoup plus puissamment organisés pour acheter.

FALSTAFF
Une culture alimentaire peut survivre dans les discours pendant que l'assiette change.

Sources 2025-2026

Nature Medicine
NIH
Assurance Maladie
Sénat
Kantar Media

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