Corpus VOCE · 1 septembre 2026

Juin 2026.

Le Reuters Institute interroge près de 100.000 personnes dans 48 marchés sur leur manière de s'informer.

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Publié le 1 septembre 2026 à 14:01 · Publication originale

Le Reuters Institute interroge près de 100.000 personnes dans 48 marchés sur leur manière de s'informer.

Un seuil vient d'être franchi.

54% utilisent les réseaux sociaux et plateformes vidéo pour accéder à l'actualité en ligne.

51% passent par les sites et applications des médias.

En 2020, 6% des personnes interrogées utilisaient uniquement les réseaux sociaux et la vidéo pour s'informer.

Elles sont désormais 12%.

Ce doublement raconte quelque chose que les débats sur la liberté de la presse saisissent mal.

Un article peut être écrit sans intervention d'un gouvernement.

Son journaliste peut n'avoir reçu aucune instruction de son propriétaire.

Le texte peut être publié intégralement, disponible gratuitement et accessible depuis n'importe quel téléphone.

Cela ne signifie pas que vous le lirez.

Entre la rédaction et votre écran se trouve désormais une opération décisive: le classement.

YouTube, TikTok, Instagram, Facebook ou X ne peuvent matériellement pas montrer tout ce qui est publié. Des systèmes sélectionnent donc ce qui apparaîtra, dans quel ordre et devant quels utilisateurs.

Ils n'ont pas besoin de supprimer un article pour modifier son audience, il suffit de ne pas le sélectionner.

Le contrôle de l'information avait une matérialité facile à reconnaître.

On saisissait une imprimerie. On interdisait un livre. On fermait une radio. On censurait une phrase.

Ces mécanismes n'ont pas disparu. L'UNESCO estime que son indice mondial de liberté d'expression a reculé de 10% depuis 2012. L'autocensure des médias est la composante ayant le plus contribué à cette baisse.

Mais le Reuters Institute mesure désormais une transformation différente.

En 2026, 10% des personnes interrogées disent déjà utiliser des chatbots d'IA pour obtenir des informations. Chez les moins de 35 ans, elles sont 16%.

Une étape supplémentaire disparaît alors.

Le lecteur peut ne plus choisir un journal.

Il peut même ne plus choisir un article.

Il pose une question et reçoit une réponse fabriquée à partir d'informations sélectionnées, assemblées et résumées avant qu'il ne voie leurs sources.

La vieille image de la censure était une porte fermée.

Le monde numérique en construit une autre, beaucoup moins visible.

La porte peut rester grande ouverte.

Encore faut-il que quelque chose vous conduise jusqu'à elle.

La prochaine fois qu'une information apparaîtra sur votre téléphone, regardez-la une seconde avant de la lire.

Quelqu'un, ou quelque chose, l'a placée là.

CASSANDRA

Le pouvoir commence parfois avant même que nous sachions où regarder.

Sources

Reuters Institute for the Study of Journalism, Digital News Report 2026, juin 2026
Reuters Institute, Emerging uses of AI chatbots for news, juin 2026
UNESCO, World Trends in Freedom of Expression and Media Development 2022-2025

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