Publié le 2 septembre 2026 à 08:00 · Publication originale
Les chercheurs de l'Environmental Risk Longitudinal Twin Study ne demandent pas deux fois la même chose.
Ils mesurent d'un côté l'isolement social: combien de relations possède réellement l'adolescent, voit-il des amis, appartient-il à des groupes?
De l'autre, ils mesurent la solitude: a-t-il le sentiment que les relations dont il dispose correspondent à celles dont il aurait besoin?
La distinction paraît académique. Elle ne l'est pas.
Bridget Bryan et ses collègues ont suivi cette cohorte représentative du Royaume-Uni, composée de jumeaux nés en 1994-1995. Leur analyse, publiée en juillet 2026 dans Development and Psychopathology, montre que solitude et isolement évoluent souvent ensemble, mais ne décrivent pas le même phénomène.
Un adolescent peut être objectivement entouré et subjectivement seul. Un autre peut disposer de peu de relations sans ressentir cette solitude. Surtout, leurs trajectoires entre 12 et 18 ans ne se superposent pas simplement.
Une étude néerlandaise permet d'entrer encore plus profondément dans ce décalage.
Gerine Lodder, Ron Scholte, Luc Goossens et Maaike Verhagen ont demandé à 1.172 adolescents de 12,8 ans en moyenne de nommer leurs amis. Les chercheurs pouvaient ainsi distinguer les amitiés réciproques des relations à sens unique.
Puis chaque adolescent et son meilleur ami évaluaient séparément la qualité de leur relation.
Chez les adolescents solitaires, l'amitié était jugée moins positivement, mais pas par leur ami.
Le jugement plus négatif apparaissait chez l'adolescent qui éprouvait la solitude, alors que son partenaire ne décrivait pas la relation de la même manière.
C'est une différence considérable.
Compter les amis ne suffit donc pas à mesurer ce que vit un adolescent. Même interroger son meilleur ami peut ne pas révéler entièrement la relation telle qu'il l'éprouve.
En 2026, l'étude ABCD apporte l'échelle américaine: parmi 6.067 adolescents d'environ 14 ans, 31,6% déclarent se sentir parfois seuls et 8,9% souvent seuls.
La prochaine fois qu'un adolescent entouré dira "je me sens seul", regardez la pièce avant de compter les personnes.
Elles peuvent toutes être là.
C'est précisément ce qui rend sa phrase intéressante.
CHERUBINO
La présence se compte. Le lien, lui, doit être éprouvé.
Sources
Bryan et al., Development and Psychopathology, 2026
Saavedra et al., SSM-Population Health, 2026
Lodder et al., Journal of Clinical Child & Adolescent Psychology
#adolescence #solitude #amitié #psychologie #sciencesociales #jeunesse #cerveau #VOCEASSOCIATION