Corpus VOCE · 2 septembre 2026

Deux adolescents pensent s'être choisis.

Avant eux, leur réseau social avait déjà travaillé.

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Publié le 2 septembre 2026 à 09:00 · Publication originale

Avant eux, leur réseau social avait déjà travaillé.

En avril 2026, Cassie McMillan, Derek Kreager et René Veenstra publient dans Journal of Research on Adolescence une analyse portant sur 1.919 adolescents néerlandais, âgés en moyenne de 14,9 ans. Particularité rare: les chercheurs ne disposent pas seulement de questionnaires individuels. Ils peuvent suivre dans le temps les amitiés, les "crushes", la popularité et la formation réelle des couples.

Ils reconstruisent ainsi le réseau social autour de chaque adolescent et utilisent des modèles statistiques capables d'observer comment ce réseau évolue.

Le résultat déplace singulièrement l'image du coup de foudre.

Chez les couples hétérosexuels étudiés, deux adolescents ont davantage de chances de former ensuite un couple s'ils étaient déjà amis, fréquentaient la même classe ou la même école et possédaient des amis communs. Mais l'équipe détecte un mécanisme plus étonnant encore: être chacun ami avec l'un des membres d'un couple existant augmente également la probabilité de se mettre ensemble.

Autrement dit, un couple peut en rapprocher un autre.

La sexualité adolescente est souvent racontée comme une affaire privée: deux personnes, une attirance, une décision. Les données néerlandaises révèlent une architecture beaucoup moins visible. Avant qu'un adolescent ne désire quelqu'un, le groupe a déjà déterminé qui il rencontre souvent, avec qui il partage du temps, quelles personnes deviennent familières et lesquelles restent pratiquement hors de son monde.

Le détail est important. Les chercheurs distinguent précisément sélection et influence. Il ne suffit pas de constater après coup que les amoureux possèdent les mêmes amis. Les données longitudinales permettent d'observer les liens sociaux qui existaient avant la formation du couple.

La France consacre beaucoup d'attention aux effets des réseaux sociaux numériques sur les adolescents. Cette étude rappelle l'existence d'un algorithme beaucoup plus ancien: la classe, les amis, les amis des amis, les couples déjà formés.

Lorsqu'un adolescent présentera un jour "quelqu'un rencontré par hasard", regardez autour d'eux.

Le hasard possède peut-être déjà plusieurs prénoms.

CHÉRUBIN

Nous croyons choisir seuls ceux que nous aimons, sans voir tous ceux que la vie avait d'abord placés sur notre chemin.

Sources

McMillan, Kreager & Veenstra, Journal of Research on Adolescence, 2026
Données longitudinales néerlandaises

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