Corpus VOCE · 2 septembre 2026

En 2026, douze enfants de trois ans sont revenus dans un laboratoire britannique pour une expérience commencée avant leur naissance.

Leur histoire scientifique avait débuté à 32 semaines de grossesse. À Durham University, l'équipe de Nadja Reissland avait demandé à leurs mères d'avaler une capsule contenant soit de la poudre de carotte, s…

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Publié le 2 septembre 2026 à 15:00 · Publication originale

Leur histoire scientifique avait débuté à 32 semaines de grossesse. À Durham University, l'équipe de Nadja Reissland avait demandé à leurs mères d'avaler une capsule contenant soit de la poudre de carotte, soit du chou kale. Vingt minutes plus tard environ, une échographie 4D enregistrait image par image les mouvements du visage du fœtus.

La différence était visible.

Face à la carotte, les chercheurs observaient davantage de mouvements associés au "laughter-face". Avec le kale, davantage de "cry-face". L'expérience initiale avait porté sur 100 femmes enceintes. Elle fournissait la première observation directe montrant qu'un fœtus humain réagit différemment à des arômes provenant de l'alimentation maternelle.

Mais l'expérience ne s'est pas arrêtée à l'échographie.

Après 36 semaines de grossesse, certaines mères ont continué à prendre leur capsule au moins quatre jours par semaine jusqu'à l'accouchement. Les chercheurs ont retrouvé les bébés vers trois semaines. Exposés à l'odeur connue avant leur naissance, ils produisaient moins d'expressions négatives et davantage d'expressions positives.

Puis l'équipe a attendu trois ans.

En 2026, Nadja Reissland, Jochen Einbeck, Benoist Schaal et leurs collègues ont présenté aux douze enfants restants les odeurs de carotte et de kale. Ceux-ci manifestaient significativement moins d'expressions négatives face à celle qu'ils avaient rencontrée dans l'utérus. Le résultat était très net, p inférieur à 0,001, malgré un échantillon devenu minuscule qui impose de rester prudent.

La couche invisible se trouve dans le liquide amniotique.

Le fœtus en avale continuellement. Des molécules issues de l'alimentation maternelle peuvent y parvenir et stimuler ses systèmes chimiosensoriels. Avant la première cuillère, avant le lait, avant même l'air respiré par ses poumons, il existe donc déjà une expérience des arômes. Les données disponibles sont solides pour cette familiarisation, beaucoup moins pour prétendre qu'elle déterminera durablement l'alimentation future.

Voilà ce que ces douze enfants rendent difficile à oublier.

Notre premier repas n'a probablement jamais été notre première expérience alimentaire.

La prochaine fois qu'un enfant rejettera ou reconnaîtra une saveur, une partie de son histoire sensorielle restera inaccessible à la table.

Elle a peut-être commencé plusieurs mois avant qu'il puisse s'y asseoir.

ORFEO

Certains souvenirs précèdent celui qui pourra un jour s'en souvenir.

Sources

Developmental Psychobiology, 2026.
Appetite, 2025.
Psychological Science, étude longitudinale Durham.
Annual Review of Nutrition, 2024.

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