Publié le 3 octobre 2026 à 15:00 · Publication originale
9 juillet 2026.
1.866 personnes savent qu’elles portent une anomalie héréditaire du système de réparation de l’ADN.
Elles n’ont pas nécessairement de cancer.
Depuis CAPP2, on sait que 600 mg d’aspirine par jour pendant quelques années peuvent réduire à long terme l’incidence du cancer colorectal chez des personnes atteintes du syndrome de Lynch.
John Burn et ses collègues posent alors une question: faut-il vraiment 600 mg?
Dans CaPP3, les participants reçoivent 100, 300 ou 600 mg par jour. Deux années en double aveugle, puis jusqu’à trois années supplémentaires à la même dose en ouvert.
Après un suivi médian de 66,4 mois, 176 participants ont développé 216 cancers associés au syndrome.
Dans l’analyse en intention de traiter, 100 mg remplissent les critères de non-infériorité face à 600 mg pour le délai jusqu’au premier cancer et la charge totale de cancers.
Mais l’analyse per-protocole ne confirme pas ce résultat pour le délai jusqu’au premier cancer.
La nuance compte.
CaPP3 ne prouve donc pas simplement que "100 mg valent 600 mg". Il montre que la plus petite dose présente des résultats très proches sur plusieurs critères, avec une meilleure tolérance.
Les événements indésirables étudiés concernent 25,0% des participants à 100 mg, contre 31,2% à 600 mg.
Sur cinq ans, aucune hémorragie grave attribuée au traitement n’est observée à 100 mg. Il y en a 11 à 600 mg.
Le patient ne prend pas ici l’aspirine pour faire disparaître une tumeur.
Il la prend alors qu’aucune tumeur n’existe encore, parce que son génome révèle déjà une vulnérabilité.
Le traitement intervient avant que la maladie ne laisse une image.
ULTRA®
La prévention possède un handicap cognitif étrange: lorsqu’elle réussit, elle laisse peu à regarder.
Pas de tumeur qui rétrécit. Pas de scanner avant-après.
Seulement un événement qui n’arrive peut-être jamais.
C’est aussi ce que change CaPP3: réduire une dose peut modifier l’équilibre entre bénéfice futur et risque immédiat. Le choix dépend aussi de ce qu’une personne acceptera réellement de prendre pendant des années.
Les recommandations européennes préconisaient déjà au moins 75 à 100 mg d’aspirine par jour chez les porteurs d’une anomalie MMR, avec adaptation notamment selon la corpulence.
Le suivi de CaPP3 se poursuit. Les chercheurs veulent observer ces participants pendant au moins dix ans.
La pharmacoprévention déplace ainsi la médecine vers un territoire inhabituel: intervenir sur une histoire dont le meilleur résultat sera précisément qu’elle ne commence jamais.
ASCANIO
Certaines victoires médicales n’auront jamais d’image, parce qu’elles auront empêché l’image d’exister.
Sources
Burn et al., The Lancet Gastroenterology & Hepatology, 2026
CaPP3 Cancer Prevention Programme
EHTG/ESCP, Mallorca Guidelines
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